mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2401653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LESTRADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mars et 21 avril 2024, M. A C B, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de procéder au réexamen de sa situation et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris sans précision sur les voies et délais de recours ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable ;
- il est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 et 18 juin 2024, le préfet des Alpes -Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour non-respect des délais de recours ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de M. Pascal, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant portugais né le 21 avril 1971, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité et n'ont d'effet que sur le déclenchement du délai de recours contentieux à son encontre. Par suite, la circonstance que les voies et délais de recours n'auraient pas été mentionnés à M. C B est sans incidence sur la légalité de cette décision. Il suit de là que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.
4. En l'espèce, si M. C B se borne à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu, faute pour le préfet des Alpes-Maritimes de justifier de l'accomplissement d'une procédure contradictoire, il ne précise pas, en tout état de cause, en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle et familiale qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision litigieuse qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit du requérant à être entendu dans une procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté du 25 janvier 2024 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles L. 233-1 et suivants du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de du requérant, en mentionnant notamment les condamnations pénales dont il a fait l'objet, qu'il est célibataire et père de deux enfants. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant et de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peuvent qu'être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". La circonstance selon laquelle le requérant dispose d'un droit au séjour au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas pour effet de limiter la capacité du préfet de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant européen dès lors que celui-ci, constitue du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société française.
7. M. C B soutient que, pour retenir que son comportement constitue une menace à l'ordre public et prononcer à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet s'est notamment fondé sur la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale par des personnels individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. Si les faits délictueux pour lesquels l'intéressé est défavorablement connu des services de police ont été portés à la connaissance du préfet par la consultation de ce fichier, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que celle-ci est également fondée sur trois condamnations à des peines d'emprisonnement de 15 mois, 2 mois et 3 mois, prononcés à l'encontre du requérant les 26 avril, 12 décembre et 20 décembre 2023. Il ressort, en effet, des termes de l'arrêté que le requérant a été condamné le 26 avril 2023, à une peine d'emprisonnement de 15 mois, dont six avec sursis, assortie d'une interdiction de paraître au domicile de la victime et d'entrer en relation avec elle, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, par une personne, étant, ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, lié à la victime par un PACS, en récidive et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur par une personne, étant, ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, lié à la victime par un PACS. Il a également fait l'objet d'une deuxième condamnation le 12 décembre 2023, à une peine d'emprisonnement de deux mois, pour des faits de menace de mort avec ordre de remplir une condition, commise par une personne, étant, ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, lié à la victime par un PACS, ainsi que d'une troisième condamnation le 20 décembre 2023, à une peine d'emprisonnement de trois mois, en révocation partielle se son sursis accordé le 26 avril 2023, pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, par une personne, étant, ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, lié à la victime par un PACS, en récidive et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur par une personne, étant, ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire, lié à la victime par un PACS, assortie d'une interdiction de paraître dans un lieu spécialement désigné et d'une interdiction d'entrer en relation avec la victime et les mineurs. De tels faits, répétés et récents, ayant conduit à des condamnations pénales, sont de nature à caractériser un comportement constitutif d'une menace réelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, que le préfet des Alpes-Maritimes a pris à l'encontre du requérant, citoyen portugais, une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " () Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. M. C B soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, faisant notamment valoir qu'il y réside depuis sa scolarité, qu'il y travaille depuis l'année 1990 et qu'il y travaille actuellement dans le cadre d'un contrat à durée indéterminé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est célibataire, qu'il est père de deux enfants dont il ne démontre, ni allègue contribuer à leur entretien et leur éducation. Il ressort également des pièces du dossier que sa mère et sa sœur résident au Portugal, pays pour lequel il ne démontre pas être dans l'impossibilité d'y retourner. Par ailleurs, ainsi qu'il a dit au point 7, il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales en 2023. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 27 février 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pascal, président,
- Mme Chaumont, première conseillère,
- Mme Duroux, première conseillère,
assistés de Mme Antoine, greffière..
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne,
signésigné
F. Pascal A.-C. Chaumont
La greffière,
signé
P.-B. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026