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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402050

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402050

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme E, ressortissante marocaine, qui contestait l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, en se fondant sur les délégations de signature et la motivation de l'arrêté. Elle a également jugé que la décision ne méconnaissait ni l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (absence de risque de mauvais traitements au Maroc) ni l'article 8 (droit à la vie privée et familiale). Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, et la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme A C épouse E, représentée par Me Karzazi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Le 7 septembre 2024, un mémoire et des pièces ont été enregistrés pour

Mme E, non communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de M. Taormina, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Karzazi, représentant Mme E, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse E, ressortissante marocaine née en 1983, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour par une demande réceptionnée par les services préfectoraux des Alpes-Maritimes le 27 septembre 2023. Par un arrêté du 28 février 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Elle demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-035 du 11 janvier 2024 régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs n°09.2024 de la préfecture des

Alpes-Maritimes, Mme D B, directrice de la règlementation, de l'intégration et des migrations à la préfecture des Alpes-Maritimes, a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour les affaires relevant du droit des étrangers et notamment les obligations de quitter le territoire national. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté querellé manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation et d'un défait d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit, sans préciser la nature de cette erreur ni ses conséquences sur la légalité de l'acte. Dès lors, elle ne met pas à même le tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen qui doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "

7. Mme C, épouse E n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer qu'elle aurait été l'objet ou risquerait de faire l'objet de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine, le Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Dès lors, en désignant le Maroc comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il ressort des pièces du dossier, que la requérante est mère de trois enfants scolarisés en France depuis l'année 2018, date présumée de son entrée sur le territoire national après avoir vécu en Belgique. Au titre de son intégration professionnelle elle ne justifie que d'un contrat à durée déterminée qu'elle a exécuté du 1er juin 2023 au 30 juin 2023. Elle réside en communauté avec son époux, un compatriote également en situation irrégulière sur le territoire français. En outre, elle ne justifie ni n'allègue avoir d'autres attaches en France, ni en être dépourvue dans son pays d'origine. En tout état de cause, elle ne justifie pas de l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens des stipulations précitées doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis, en édictant l'arrêté attaqué, une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation de Mme C épouse E, Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, épouse E, doivent être rejetées, ensemble les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse E et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président-rapporteur,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

G. Taormina N. Soler

Le greffier,

Signé

D. Crémieux

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

N°2402050

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