lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2402215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme GAZEAU |
| Avocat requérant | PAZZANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 du préfet des Alpes-Maritimes portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et qu'il l'interdit de retour pour une durée de quatre ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de mettre à jour ce fichier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision l'interdisant de retour :
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision a des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et sur son éventuel droit au séjour dans un Etat membre de l'espace Schengen ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024 à 12h41, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gazeau, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 29 avril 2024 à 15h00 :
- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée,
- et les observations de Me Pazzano, avocat commis d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais, a déclaré être entré sur le territoire français la première fois en 2012. Par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, en tant seulement qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et qu'il l'interdit de retour sur le territoire pour une durée de quatre ans.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
2. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
3. Pour refuser à M. A un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire et n'est pas titulaire d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, dès lors qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Si le requérant soutient qu'il peut se rendre en France de plein droit sans visa et qu'il souhaite bénéficier du temps nécessaire pour organiser son départ, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est de nationalité albanaise et n'est ainsi pas soumis à l'obligation d'un visa d'entrée, est entré en France selon ses déclarations en 2012 sans s'être néanmoins conformé aux stipulations de l'article 5 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, et sans solliciter de titre de séjour, de sorte que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement en France au sens de cette convention ni avoir entrepris de démarches pour régulariser sa situation. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, pour ce seul motif, légalement considérer qu'il existait un risque que l'intéressé ne se conforme pas à l'obligation de quitter le territoire français en litige et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par ailleurs et au surplus, le requérant ne conteste pas ne pas disposer d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, de sorte qu'il ne justifie pas, ainsi que l'a relevé le préfet dans la décision litigieuse, de garanties de représentations suffisantes au sens des dispositions citées au point 2. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a pu sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation refuser à M. A un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision l'interdisant de retour pour une durée de quatre ans :
4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction entrée en vigueur le 28 janvier 2024 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
5. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.
6. D'une part, le requérant, ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, entre ainsi dans les prévisions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles le préfet assortit normalement son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée.
7. D'autre part, pour fixer à quatre ans la durée de l'interdiction de retour de M. A, le préfet des Alpes-Maritimes a tenu compte de ce que l'intéressé ne justifie pas de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ni de la nature de ses liens avec la France, qu'il est célibataire et sans charge de famille alors qu'il dispose de fortes attaches en Albanie où résident ses parents, frères et sœurs, qu'il a déjà été éloigné du territoire le 15 mars 2022, qu'il s'est soustrait à une précédente interdiction de retour de 36 mois notifiée le 1er décembre 2021 et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public du fait de sa condamnation le 10 mai 2022 par le tribunal judiciaire d'Auch et du fait qu'il est défavorablement connu des services de police pour divers faits notamment de recels, vols, usages illicites ou cessions de stupéfiants, dégradation ou détérioration de bien appartenant à autrui, violences, outrages, menaces de crime ou délit ou de mort ou d'atteinte aux biens dangereux, notamment à l'encontre de personnes dépositaires de l'autorité publique. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu estimer que la présence en France de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public.
8. Pour ces mêmes motifs, eu égard à la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France, du non-respect d'une précédente interdiction de retour, de l'absence de toute attache particulière sur le territoire français sur lequel l'intéressé se maintient irrégulièrement, le préfet des Alpes-Maritimes a pu prendre, sans commettre d'erreur d'appréciation, à l'encontre du requérant, lequel au demeurant, se borne à indiquer que cette décision a de graves conséquences sur son droit au séjour dans l'espace Schengen, ce qui ne constitue pas une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans, qui ne peut dans ces conditions être regardée comme disproportionnée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 24 avril 2024 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a refusé à M. A de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de quatre ans doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Lu en audience publique le 29 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé
D. GazeauLa greffière,
signé
H. Diaw
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
No 2402215
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026