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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402617

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402617

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantTRIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. B A, représenté par Me Trifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2024 en tant que le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocate sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente faute pour le préfet des Alpes-Maritimes de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique de l'espace Schengen ;

- elle a des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 à 15 heures 00 :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- les observations Me Trifi, représentant M. A,

- et les réponses de M. A qui a répondu aux questions du magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, ressortissant tunisien né en 1982, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 mai 2024 en tant que le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A qui s'est marié avec une ressortissante française en octobre 2013, établit résider habituellement en France depuis au moins cette date au regard des différentes pièces qu'il verse au dossier tels que des quittances de loyer et des contrats de travail. S'il ressort de ces mêmes pièces que l'intéressé a connu des difficultés d'ordres personnels et professionnels à compter de l'année 2020 durant laquelle il s'est séparé de son épouse, il est toutefois constant qu'est né, en février 2021 et de sa nouvelle union avec une ressortissante marocaine dont il était séparé à la date de la décision attaquée, un enfant, lequel a toutefois été placé, à compter du 20 septembre 2022, en pouponnière par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République de Nice. Il ressort d'un jugement en assistance éducative daté du 11 octobre 2022 que cette mesure de placement au sein de l'aide sociale à l'enfance des Alpes-Maritimes a été maintenue pour une durée d'un an par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Nice. En outre, le requérant a soutenu, au cours de l'audience publique à laquelle le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent ni représenté, que cette mesure de placement était toujours effective à la date de la décision litigieuse. En dépit des circonstances particulièrement préoccupantes qui ont justifié la mesure de placement décrite précédemment et dont l'autorité judiciaire s'est saisi, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A n'exercerait plus l'autorité parentale sur son enfant, ni son droit de visite médiatisé qu'il doit exercer, à minima, deux fois par mois tel que cela ressort du jugement précité du 11 octobre 2022. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant bénéficie également d'un droit de visite médiatisé à l'égard du premier enfant de son ex-compagne pour lequel l'intéressé constitue une " figure paternelle " selon les termes du jugement du 11 octobre 2022. Dans ces conditions particulières et au regard notamment de sa durée de séjour et de la présence de son enfant biologique en France, M. A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet des Alpes-Maritimes, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. D'une part, l'exécution de ce jugement implique, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet des Alpes-Maritimes procède, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, au réexamen de la situation de M. A au vu des éléments de droit et de fait existants à la date de ce réexamen et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

7. D'autre part, en application des mêmes dispositions citées au point 5 de ce jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

8. Le requérant n'a pas sollicité son admission provisoire à l'aide juridictionnelle et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors, il ne peut solliciter le versement d'une quelconque somme au profit de son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 mai 2024 est annulé en tant que le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire d'une durée de trois ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Trifi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

M. HOLZER

La greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

N°2402617

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