vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2402634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme BERGANTZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai et 4 juin 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé notamment en ce qui concerne sa situation professionnelle ;
- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation sur le fondement de l'accord franco-tunisien ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français repose sur des faits erronés ;
- il remplit les conditions pour être admis exceptionnellement au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais une pièce enregistrée le 27 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bergantz, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bergantz, magistrate désignée.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 11 juin 1998, a fait l'objet d'un arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, d'une part, l'arrêté litigieux du 17 mai 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, notamment les articles L. 611-1 et L. 612-1 et suivants dont il est fait application. Cet arrêté mentionne que M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y être maintenu sans effectuer de démarches pour régulariser sa situation, et fait état d'éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé retenus par le préfet des Alpes-Maritimes. Il indique également que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentations suffisantes en ce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il relève enfin que M. A n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.
3. D'autre part, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et, en ce qui concerne le principe de l'interdiction de retour, la circonstance que M. A ne s'est pas vu accorder de délai de départ volontaire et, en ce qui concerne sa durée, les éléments pris en compte au titre des critères énumérés par ces dispositions.
4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué comporte ainsi avec une précision suffisante les motifs de droit et de fait retenus par le préfet des Alpes-Maritimes, mettant à même l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige n'est pas relatif au droit au séjour de M. A mais à son éloignement. Ainsi, et alors en tout état de cause qu'il ne se prévaut d'aucune stipulation précise de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 relatif au séjour et au travail en France des ressortissants tunisiens qui ferait obstacle à son éloignement, il ne peut utilement soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas examiné sa situation au regard des stipulations de l'accord franco-tunisien.
6. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. M. A ne saurait donc utilement invoquer ces dispositions pour se prévaloir d'un droit au séjour faisant obstacle à son éloignement.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
8. Si M. A se prévaut de la présence en France de plusieurs membres de sa famille en France, notamment de son oncle chez qui il réside et de ses cousins qu'il emmènerait tous les matins à l'école, il est constant que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. De même, s'il justifie avoir été embauché en qualité de coiffeur par ADM Coiffure du 15 juin 2022 au 31 août 2022 et depuis le 1er avril 2024, cette expérience professionnelle est récente et n'est ainsi pas suffisante pour établir une intégration particulière au sein de la société française. En outre, il ressort des termes non contestés de l'arrêté en litige que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas, en prenant les décisions attaquées, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Pour prononcer une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance qu'aucun délai de départ volontaire ne lui était accordé. S'agissant de la durée de l'interdiction, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné l'ensemble de la situation de M. A au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment la durée et les conditions de son séjour en France, qui ne sont pas contestées. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet ne s'est pas fondé sur les circonstances qu'il ne justifie pas de garanties de représentations suffisantes et, dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision reposerait sur des faits inexacts ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. BergantzLa greffière,
signé
H. Diaw
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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