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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402847

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402847

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Chevalier
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, M. B A, représenté par Me Hmad, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire de trois ans et qu'il l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin à son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du réexamen de sa situation administrative ;

5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, dans le cas de l'annulation de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, de mettre immédiatement fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 614-17 du même code ;

6°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation expresse de ce dernier au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision refusant la délivrance d'un certificat de résidence est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions des articles L. 423-1, L. 423-5, L. 423-6 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants algériens ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il est fondé à demander la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étant illégale, celle l'obligeant à quitter le territoire ainsi que celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire le sont par voie de conséquence et devront être annulées par voie d'exception ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français de trois ans méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire étant illégale, la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans et celle l'inscrivant à fin de non-admission dans le système d'information Schengen l'est également par voie de conséquence et devront être annulées par voie d'exception d'illégalité ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la selarl Serfaty Venutti Camacho Cordier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024 à 14 heures 45 :

- le rapport de Mme Chevalier, magistrate désignée, qui a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé, d'une part, sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées contre la décision portant refus de séjour qui relèvent de la compétence de la formation collégiale et non de celle du magistrat désigné et, d'autre part, sur une substitution de base légale consistant à substituer aux dispositions des articles L. 423-1 à L. 423-6, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, base légale erronée s'agissant d'un ressortissant algérien dont le droit au séjour est entièrement régi par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, celle tirée d'une part, du dernier alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien et du g de l'article 7 bis de cet accord, et, d'autre part, du pouvoir dont l'autorité préfectorale dispose, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. ;

- et les observations de Me Hmad, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui conclut, en outre, à l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant, algérien né le 14 avril 1992, a fait l'objet d'un arrêté du 28 mai 2024 par lequel, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".

5. Si, compte tenu de la mesure d'assignation à résidence prise à l'encontre du requérant le 28 mai 2024, les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et contre les décisions accessoires fondées sur cette mesure d'éloignement relèvent de la compétence du magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour ressortissent, en vertu de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, à la compétence de la formation collégiale du tribunal statuant selon la procédure prévue à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le magistrat désigné ne peut, dès lors, régulièrement y statuer seul.

6. Par suite, ainsi que les parties en ont été informées au cours de l'audience publique, les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision de refus de délivrance de titre de séjour contenue dans l'arrêté préfectoral du 28 mai 2024 doivent être renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Nice.

Sur les conclusions d'annulation :

7. Il ressort des termes de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour que le préfet après avoir relevé que M. A s'était vu délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an valable jusqu'au 27 décembre 2022 en qualité de conjoint de ressortissant français, considère qu'il a présenté une demande de renouvellement de ce certificat. Or, il ressort du récépissé de la demande de titre de séjour adressée par la préfecture des Alpes-Maritimes au requérant que ce dernier a non pas présenté une demande de renouvellement du certificat de résidence sur le même fondement mais a sollicité un changement de statut en demandant un certificat de résidence d'une durée de dix ans en sa qualité de parent d'un enfant mineur français. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux. Etant par conséquent entachée d'illégalité, il est fondé à exciper l'illégalité de cette décision.

8. La mesure d'éloignement ainsi que les décisions accessoires étant fondées sur le refus de délivrance de titre de séjour, il est fondé, par conséquent, à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire pendant une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. " et aux termes de l'article L. 623-1 du même code : " Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables à la contestation de la décision de remise et de l'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'assortit le cas échéant lorsque l'étranger qui en fait l'objet est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII. ".

10. Conformément aux dispositions précitées, le présent jugement qui annule les décisions par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire pendant une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande du requérant. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Le présent jugement n'implique pas que cette autorisation provisoire de séjour soit assortie d'une autorisation de travail.

11. L'annulation la décision portant obligation de quitter le territoire implique également qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. A fait l'objet. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à la levée de ces mesures sans délai.

12. Enfin, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire implique nécessairement la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à cette suppression sans délai.

Sur les frais de l'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : L'arrêté du 28 mai 2024 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français, fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui fait interdiction de retourner sur le territoire pendant une durée de trois ans et l'assigne à résidence pour une durée de 45 jours est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de trois mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 5 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin, sans délai, aux mesures de surveillance prévues aux articles de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Article 6 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Hmad.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Nice et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. ChevalierLa greffière,

signé

A. Bahmed

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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