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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402976

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402976

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice annule la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes rejetant la demande de titre de séjour de M. C..., ressortissant philippin. Le juge estime que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la vie familiale établie en France (mariage avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour, trois enfants nés et scolarisés à Nice). En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer à M. C... un titre de séjour "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois, avec une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. A... C..., représenté par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour du 10 novembre 2023 ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, lequel renonce par avance à percevoir la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou au requérant dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée.

Il soutient que :
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence d’une saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- et elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 14 novembre 2024 du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judicaire de Nice, M. C... n’a pas été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bulit, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique du 11 décembre 2026, les observations de Me Mostefaoui, substituant Me Traversini, pour M. C..., le préfet des Alpes-Maritimes n’étant ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

M. A... C..., ressortissant philippin né le 4 février 1989, affirme être entré en France le 5 juin 2010 sous couvert d’un visa C et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Il a adressé à la préfecture des Alpes-Maritimes, le 10 novembre 2023, une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Une décision de rejet est née à la suite du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes durant le délai de quatre mois, dont l’intéressé demande l’annulation.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui soutient être arrivé en France en 2010, établit être marié depuis le 8 décembre 2016 avec une ressortissante philippine, Mme B... C..., titulaire d’un titre de séjour valable jusqu’en novembre 2027, et que de leur union sont nés trois enfants, D... C..., le 28 octobre 2015 à Nice, Terrence-Dean C..., le 15 septembre 2017 à Nice et Nicolas-Dean C..., le 17 septembre 2023 Nice, les deux premiers étant scolarisés à Nice. Il ressort également des pièces du dossier que M. C... et sa famille réside régulièrement en France dans un logement situé à Nice. Par ailleurs, le requérant verse au dossier des bulletins de salaires de son épouse qui travaille en qualité d’employée de famille. Ainsi, au vu des circonstances particulières de l’espèce, le requérant est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au motif d’annulation retenu, celui-ci implique qu’il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer au requérant un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour, dès notification du présent jugement, laquelle ne lui permettra toutefois pas de travailler, en application des dispositions de l’article R. 431-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, compte tenu du fondement légal sur lequel le titre a été demandé. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à M. C... d’une somme de 1 000 euros en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’intervalle, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à M. C... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Nice.


Délibéré après l'audience du 11 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Bulit, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.


Le rapporteur,

signé

J. Bulit


Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa


La greffière,

signé

C. Sussen



La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière


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