mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2402991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête enregistrée le 3 juin 2024 sous le n°2402991,
Mme A C, épouse B, représentée par Me Oloumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et, en tout état de cause, de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, illégale.
II. - Par une requête enregistrée le 3 juin 2024 sous le n°2402993, M. D B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et en tout état de cause, de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission de titre de séjour ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, illégale.
Les requêtes ont été communiquées au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :
- le rapport de M. Taormina, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Della-Monaca substituant Me Oloumi, représentant
M. et Mme B, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants arméniens, nés respectivement le 25 août 1978 et le 4 mai 1980, présents sur le territoire national depuis 2013, ont sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes, leur admission exceptionnelle au séjour par des demandes réceptionnées les 29 septembre 2023 et 6 novembre 2023. Par des courriers du 21 mars 2024,
M. et Mme B ont sollicité la communication des motifs des décisions implicites de rejet intervenues à l'expiration du délai de quatre mois suivant la réception de leurs demandes de titre de séjour. Par des arrêtés des 23 et 26 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté leurs demandes de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination des mesures d'éloignement.
M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes n°s 2402991 et 2402993 présentées par M. et Mme B concernent la situation d'un même couple d'étrangers, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants résident en France de manière habituelle au moins depuis l'année 2013, soit depuis plus de dix ans. Dès lors, ils sont fondés à soutenir que les arrêtés attaqués sont entachés d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. et Mme B sont fondés à demander l'annulation des arrêtés pris respectivement les 23 et 26 avril 2024 par lesquels le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté leurs demandes de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, la présente décision implique seulement que l'administration procède au réexamen de la situation administrative des requérants, en saisissant au préalable la commission du titre de séjour. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et après avoir saisi ladite commission. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette décision d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 450 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 450 euros à verser à Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 avril 2024 pris à l'encontre de Mme A C, épouse B et l'arrêté du 26 avril 2024 pris à l'encontre de M. D B, par le préfet des Alpes-Maritimes, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen des demandes de titre de séjour de M. et Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, après avoir au préalable saisi la commission du titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 450 (quatre cent cinquante) euros à M. B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 450 (quatre cent cinquante) euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à
Mme A C épouse B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président-rapporteur,
Mme Soler, première conseillère,
M. Bulit, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne,
Signé Signé
G. Taormina N. Soler
Le greffier,
Signé
D. Crémieux
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.
N°s 2402991 et 2402993
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