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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403034

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403034

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUIGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête numéro 2403034, enregistrée le 6 juin 2024, M. F A B, représenté par Me Guigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II- Par une requête numéro 2404063 et un mémoire, enregistrés les 22 juillet et 20 septembre, M. F A B, représenté par Me Guigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 9 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

•La décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée :

- d'une incompétence de son signataire ;

- d'une insuffisance de motivation ;

•La décision portant refus de séjour est entachée :

- d'une incompétence de son signataire ;

- d'une insuffisance de motivation ;

- d'une méconnaissance de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour M. A B, par Me Guigui, enregistré le 7 novembre 2024, après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zettor, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 9 août 1994, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour par une demande réceptionnée par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes le 12 décembre 2023. Par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2403034 et 2404063 présentées par M. A B concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet :

3. Lorsqu'une décision explicite intervient postérieurement à une décision implicite, sur une même demande, la seconde se substitue nécessairement à la première. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde qui s'est substituée à la première.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre l'arrêté :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme D E, directrice adjointe de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2023-368 du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 15-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de l'article 3 alinéa 1 de l'accord franco-tunisien, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses. En particulier, l'arrêté mentionne que le requérant est célibataire, sans enfant et qu'il ne démontre pas disposer en France de liens personnels et familiaux suffisamment intenses, anciens et stables de nature à permettre une admission exceptionnelle au séjour, qu'il ne démontre pas l'absence totale d'attaches familiales dans son pays d'origine, ne justifie pas d'une intégration suffisamment caractérisée dans la société française et qu'il ne démontre pas disposer d'une connaissance suffisante des valeurs de la République française. Il précise également que la situation professionnelle de l'intéressé ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle d'une ancienneté, d'une intensité et d'une qualité suffisante. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au regard de ces éléments, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

6. En premier lieu, l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. En l'espèce, le requérant, célibataire, sans enfant, soutient résider en France et y avoir établi sa résidence habituelle et le centre de sa vie privée et familiale depuis 2015 sans toutefois l'établir par des pièces justificatives nombreuses et variées. Il fait également valoir que sa sœur, son frère, sa nièce, son neveu, des cousins et cousines et un oncle et une tante sont titulaires d'un titre de séjour et résident en France. Toutefois, les circonstances dont il se prévaut ne suffisent pas à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il n'est pas démontré que l'intéressé serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, si le requérant fait valoir qu'il a bénéficié d'un contrat de travail de juillet 2019 à novembre 2020 et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, il ne communique qu'un seul bulletin de salaire pour justifier de son contrat à durée indéterminée, de novembre 2023 pour un salaire de 1099,84 euros. Les autres bulletins de salaires produits ne concernent que les années 2019 et 2020, pour des courtes périodes. Ces éléments ne suffisent pas à caractériser une insertion professionnelle et sociale significative. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. En l'espèce, si le requérant fait valoir qu'il a bénéficié d'un contrat de travail à durée indéterminée comme il a été dit au point 7, cette circonstance ne suffit pas à établir que sa situation relèverait de considérations humanitaires ou constituerait un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. A B sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première-conseillère,

Mme C, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

2 et 2404063

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