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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403107

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403107

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B A, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 6 mai 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'insuffisance de motivation, l'arrêté étant suffisamment motivé en droit et en fait. Il a jugé inopérant le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, faute pour le requérant de justifier d'une résidence habituelle en France de plus de dix ans, condition prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution s'appuie sur l'analyse des pièces produites, ne démontrant une présence continue qu'à partir de 2019, et rejette l'ensemble des moyens soulevés, dont la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Sahnoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté litigieux est entaché :

- d'une insuffisance de motivation

- d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention franco-tunisienne du 17 mars 1988 ;

- d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision de refus de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-tunisienne du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :

- le rapport de M. Taormina, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Sahnoun, représentant M. A, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. En outre, ledit arrêté expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et pour fixer le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

3. En l'espèce, M. A, ressortissant tunisien né le 25 juillet 1977, indique être entré sur le territoire français en 2005 et y résider depuis. De 2005 à 2019, M. A fournit presque exclusivement des ordonnances et analyses médicales pour attester de sa résidence sur le territoire français. M. A ne produit par exemple que deux factures d'un magasin pour l'année 2007, trois ordonnances en 2010 et en 2012, une facture d'un magasin et un compte-rendu de d'examens en laboratoire en 2013. Ce genre de documents n'est pas de nature à démontrer à eux seuls l'effectivité de la présence sur le territoire français. Ce n'est qu'à partir de 2019 que M. A apporte d'autres justificatifs, comme des relevés de compte bancaire, attestant de retraits d'argent réguliers par carte bancaire dans des établissements bancaires de la ville de Nice, ainsi que des factures pour un abonnement téléphonique. Seules les périodes allant de 2019 à 2024 peuvent être prises en compte, soit une période de cinq années. Le requérant ne justifiant pas d'une présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écartés comme inopérant.

4. En troisième lieu, l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. () Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années () ".

5. Il est constant que M. A n'est pas entré en France sous couvert d'un visa de long séjour, comme l'imposent pourtant les dispositions précitées. Ainsi, et quand bien même cette absence de visa serait causée par un blocage administratif, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des stipulations de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 précité. Le moyen soulevé à ce titre doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En l'espèce, M. A, qui est célibataire et sans enfant, indique être entré sur le territoire français en 2005, mais au vu du caractère non probant des justificatifs fournis, seules les périodes allant de 2019 à 2024 peuvent être prises en compte. Depuis 2019, M. A a bénéficié de projets de contrat à durée indéterminée, de promesses d'embauche par différentes entreprises opérant dans le secteur du B.T.P., et certains employeurs ont également effectué des demandes d'autorisation de travail en sa faveur. Entre avril 2021 et août 2024, M. A a été titulaire de onze récépissés de demande de carte de séjour, renouvelés régulièrement. Si M. A ne produit pas de bulletins de salaire, les relevés de ses deux comptes bancaires témoignent de chèques déposés et de virements, représentant des revenus mensuels conséquents pour les années 2021 et 2022, puisque ceux-ci oscillent entre 1 350 euros (juin 2021) et plus de 4 000 euros (septembre 2021). Cependant, à partir de 2023, les rentrées d'argent sous forme de dépôt de chèque sont plus limitées et on note une absence de relevés bancaires pour certains mois, ce qui ne permet pas de savoir si l'activité professionnelle est maintenue de manière régulière. Au vu de l'ensemble des pièces du dossier, M. A ne justifie ni d'une situation familiale, ni d'une insertion professionnelle et sociale permettant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou du travail, et est n'est ainsi pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L.435-1.

8. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

9. En l'espèce, M. A soutient qu'il est arrivé sur le territoire français depuis 2005. Depuis 2019, M. A a reçu des promesses d'embauche par différentes entreprises opérant dans le secteur du B.T.P, secteur en tension en termes de main d'œuvre. Toutefois, cette situation professionnelle n'est pas à elle-seule de nature à établir que M. A possède des liens suffisants sur le territoire français. Ce dernier, qui est célibataire et sans charge de famille, ne produit aucune pièce de nature à établir l'absence d'attaches dans son pays d'origine ou l'existence de liens personnels et familiaux en France tels que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit aux points précédents, s'il se prévaut d'une présence continue en France depuis dix ans, il ne l'établit pas. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus du titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Sahnoun et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président-rapporteur,

M. Bulit, conseiller,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur, L'assesseur le plus âgé,

SignéSigné

G. Taormina J. Bulit

La greffière,

Signé

S. Genovese

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

N°2403107

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