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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403243

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403243

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BERGANTZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2024, M. A C, représenté par Me Parravicini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est entaché d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bergantz, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté litigieux.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Parravicini, représentant M. C, qui conclut, par les mêmes moyens, aux mêmes fins.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant arménien né le 4 février 1964, a fait l'objet d'un arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, adjoint au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, lequel bénéficie d'une délégation de signature à l'effet de signer les mesures d'éloignement, les décisions fixant le pays de destination de ces mesures d'éloignement ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français en vertu d'un arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 77.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. C, qui est entré en France en 2015, se prévaut de son insertion socio-professionnelle en France. Toutefois, s'il établit entretenir des relations sociales stables en France, la seule production d'une promesse d'embauche délivrée par la société HF Construction le 1er avril 2021 n'est pas suffisante pour démontrer une intégration professionnelle particulière. En outre, s'il n'est pas contesté que le requérant n'a plus de famille en Arménie, contrairement aux mentions portées dans l'arrêté attaqué, cette circonstance ne peut non plus suffire pour permettre de considérer que le préfet des Alpes-Maritimes aurait, en obligeant M. C à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise alors même qu'il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le requérant a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement, en date des 22 mars 2019 et 1er juin 2021. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché l'arrêté litigieux d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

5. Si le requérant peut être regardé comme soutenant de garanties de représentation dès lors qu'il justifie d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, la seule production d'une attestation en date du 2 avril 2021 ne peut suffire à l'établir. En outre, et en tout état de cause, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes s'est également fondé sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour estimer qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement édictée à son encontre. Ce motif n'est pas contesté par le requérant. Par suite, et à supposer qu'un tel moyen soit soulevé, en l'absence de toute circonstance particulière, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Pour prononcer une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance qu'aucun délai de départ volontaire ne lui était accordé. S'agissant de la durée de l'interdiction, fixée à deux années, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. C, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas d'une intégration privée et familiale d'une particulière intensité et qu'il a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement. Dans ces conditions, et à supposer qu'un tel moyen soit soulevé, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. BergantzLa greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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