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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403262

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403262

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024, M. B A, représenté par Me Almairac, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, outre de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 28 mars 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour " étranger malade ", et ainsi a rejeté cette dernière, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande de titre de séjour, de lui adresser le dossier médical et de lui délivrer un récépissé dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à Me Almairac, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me Almairac renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée a de graves conséquences sur sa situation personnelle : il a appris qu'il est atteint d'une hépatite B chronique dont la charge virale n'est pas stabilisée ; la décision en litige ne lui permet pas d'accéder à des soins en France sachant qu'une prise en charge de l'hépatite B en Côte d'Ivoire est en pratique indisponible ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 : le préfet ne pouvait refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour et lui refuser la délivrance du titre de séjour " étranger malade " sollicité alors qu'il a présenté des éléments nouveaux relatifs à son état de santé survenus après le dépôt de sa demande d'asile.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 17 juin 2024 sous le n° 2402361 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024 à 14 h 30 :

- le rapport de M. Pascal, juge des référés, assisté de Mme Bianchi, greffière,

- et les observations de Me Begon, substituant Me Almairac, pour M. A, qui persiste dans ses écritures et qui indique qu'elle va transmettre une note en délibéré sur la situation de M. A au regard du droit d'asile

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Le président a fixé la clôture de l'instruction au 2 juillet 2024 à 18 h 00.

Une note en délibéré a été produite, le 2 juillet 2024, à 16 h 58 pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. M. B A, ressortissant ivoirien, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, outre de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, de suspendre l'exécution de la décision du 28 mars 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour " étranger malade ", et ainsi a rejeté cette dernière, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, ainsi que d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre sollicité ou, à défaut, procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France en décembre 2020 afin d'y déposer une demande d'asile qui a été enregistrée, le 21 décembre 2020, au guichet d'accueil des demandeurs d'asile de la préfecture des Alpes-Maritimes. Le requérant a déposé, le 5 janvier 2024, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes a estimé cette demande de titre de séjour était irrecevable au motif que le requérant ne pouvait plus demander un titre de séjour, en l'absence de circonstances nouvelles, à l'expiration du délai de trois mois à compter de la remise de la notice d'information lors de l'entretien de sa demande d'asile. Il résulte également de l'instruction que la demande d'asile de M. A a été définitivement rejetée, le 27 septembre 2022, par la cour nationale du droit d'asile.

6. Le requérant fait valoir, sans être utilement contredit, que postérieurement à son entretien en décembre 2020 lors de l'enregistrement sa demande d'asile, une hépatite B chronique a été diagnostiquée par le centre hospitalier universitaire de Nice en novembre 2021 conduisant à un suivi médical depuis cette date. Dans ces circonstances, eu égard à la situation précaire de M. A concernant son droit de se maintenir en France et à la nécessité de la continuité des soins prodigués, soins dont le requérant soutient qu'ils pourraient être difficilement prodigués dans son pays d'origine, la condition tenant à l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la demande de titre de séjour de M. A et de l'erreur de droit sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, le requérant est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. La présente décision implique seulement que le préfet des Alpes-Maritimes réexamine la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Une somme de 900 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit du requérant, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Almairac, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Une somme de 900 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit de Me Almairac, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Almairac, conseil des requérants, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Almairac et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 4 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Pascal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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