Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. A... qui contestait les retraits de points de son permis de conduire. Le juge a d'abord constaté que les conclusions relatives à une infraction de 2011 étaient irrecevables, les points ayant été restitués. Sur le fond, le requérant soutenait que les infractions des 8 juillet 2022, 29 mars et 11 avril 2023 avaient été commises par son fils, mais le tribunal a écarté ce moyen. Il a rappelé que, selon l'article L. 223-1 du code de la route, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la réalité de l'infraction si le conducteur n'établit pas avoir formé une réclamation recevable devant l'autorité judiciaire.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 et 24 juin 2024, M. B... A... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler la décision du 14 mai 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a notifié l’ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ainsi que l’ensemble des décisions successives de retrait de points.
Il soutient que les infractions des 30 décembre 2011, 8 juillet 2022, 29 mars et 11 avril 2023 ont été commises par son fils.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le ministre de l’intérieur conclut à l’irrecevabilité des conclusions dirigées à l’encontre de l’infraction commise le 30 décembre 2011, et au rejet du surplus des conclusion de la requête.
Il fait valoir que :
- les points retirés suite à l’infraction commise le 30 décembre 2011 ont été restitués ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de M. Myara a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 mai 2024, le ministre de l’intérieur a notifié à M. A... le dernier retrait de points consécutif à la dernière infraction, et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions de retrait de points, qu’il avait perdu le droit de conduire. M. A... doit être regardé comme demandant l’annulation de l’ensemble de ces décisions.
Sur l’étendue du litige :
2. Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral de M. A..., édité le 2 juillet 2024 et produit en défense par le ministre de l’intérieur, que les quatre points retirés consécutivement à l’infraction commise le 30 décembre 2011 ont été restitués le 19 janvier 2022, soit antérieurement à l’introduction de la requête. Ainsi, les conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à l’infraction précitée sont dépourvues d’objet et, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
3. Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. (…) ». Le mode d’enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l’infraction est établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 du code de la route dès lors qu’est inscrite, dans le système national des permis de conduire, soit la mention du paiement de l’amende forfaitaire ou de l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, sauf si l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, soit la mention d’une condamnation pénale devenue définitive.
S’agissant des infractions des 8 juillet 2022, 29 mars et 11 avril 2023 :
4. Il n’appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d’une réclamation contre le titre exécutoire d’une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l’officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l’annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l’annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Si M. A... soutient que les infractions précitées ont été commises par son fils, il n’établit pas avoir formé de réclamation recevable devant l’officier du ministère public, de telle sorte que le moyen tiré du défaut de réalité de l’infraction ne peut qu’être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
signé
A. Myara
Le greffier,
signé
A. Baaziz
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.