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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403351

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403351

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.COMBOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. A D, de nationalité marocaine, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulier. Il a également estimé que la décision d'éloignement n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'absence d'attaches familiales stables en France. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été écarté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. A D, représenté par Me Abid, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il présente des attaches en France.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Combot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Combot, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 31 juillet 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 20 octobre 1998 et de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions de l'arrêté litigieux :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 77-2024 du 26 mars 2024, accessible tant aux juges qu'aux parties, Mme B C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, dont le requérant soutient qu'elle a signé l'arrêté litigieux sans qu'elle ne disposerait d'une délégation de signature, a au contraire reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers, dont la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Pour faire obligation à M. D de quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables notamment compte-tenu du fait qu'il ait vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 21 ans, qu'il conserve toutes ses attaches familiales au Maroc et qu'il déclare être venu en France pour des raisons personnelles. Si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'est pas contesté par le requérant qu'il est entré sur le territoire français en 2019, il produit des quittances de loyer pour les mois de janvier 2024, mars 2024 et avril 2024 qui ne sont pas à elles-seules de nature à établir qu'il réside habituellement en France. Par ailleurs, si le requérant produit trois bulletins de paye pour les mois d'octobre à décembre 2023 ainsi qu'une promesse d'embauche, il ne conteste pas avoir conserver ses attaches familiales dans son pays d'origine et ne pas en avoir établi en France. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a manifestement pas fait une inexacte appréciation de sa situation en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

5. Le requérant, soutenant que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'aurait tenu compte que de son comportement, doit être regardé comme soulevant le moyen de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du même code. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

6. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que pour prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, le préfet des Alpes-Maritimes a pris en compte le fait que M. D a déclaré être entré en France en fin de l'année 2019 sans démontrer qu'il y réside habituellement depuis cette date, que l'intéressé ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire et sans enfant, que ses parents résident au Maroc et qu'il a été interpellé et placé en garde à vue le 17 juin 2024 pour des faits de recel de vol de vélo. Le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas que les faits de recel de vol de vélo pour lesquels M. D a été placé en garde à vue n'ont donné lieu à aucune condamnation. Par suite, pour regrettables que soient ces faits, le préfet a méconnu les dispositions citées au point précédent en considérant que la présence de M. D constitue une menace pour l'ordre public.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 en ce qu'il lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français. En revanche, les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 en ce qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, doivent être rejetées.

Sur les conséquences de l'annulation de la décision faisant interdiction à M. D de retourner sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de M. D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'arrêté du 18 juin 2024, prise à l'encontre de M. D, portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen de M. D.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Nice.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. CombotLa greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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