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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403388

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403388

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantDRIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2024, M. A B, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à son encontre le 14 avril 2023 ;

3°) de mettre une somme de 800 euros à la charge de l'Etat à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté préalablement à l'adoption de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la selarl Serfaty Venutti Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- et, en tout état de cause, qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2024 à 14 heures :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me Dridi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise en outre qu'elle a entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire à l'encontre de l'arrêté litigieux du 14 avril 2023.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 1er mai 1998, a fait l'objet d'un arrêté en date du 14 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 20 juin 2024. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a porté son interdiction de retour sur le territoire français à une durée totale de cinq ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ce second arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions applicables, et notamment celles du L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait également état d'éléments de fait propres à la situation du requérant, indiquant notamment qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, non exécutée, en date du 14 avril 2023, qui était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, la décision litigieuse énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a pu faire valoir ses observations sur sa situation par rapport à son droit au séjour en France lors de son audition par les forces de police le 21 juin 2024, alors qu'il était assisté de son conseil. Dans ces conditions, il n'est pas, en tout état de cause, fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. B, en se bornant à produire le jugement du tribunal pour enfant lui accordant un droit de visite médiatisé hebdomadaire auprès de ses deux enfants, ne justifie pas de la réalité des liens qu'il entretiendrait avec eux, en ne prouvant pas, notamment, avoir effectivement exercé ce droit de visite. En outre, il n'établit ni même n'allègue contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. De même, il n'établit pas la présence alléguée en France de ses sœurs et de sa mère ni, en tout état de cause, la réalité et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces dernières. Dans ces conditions, M. B, qui ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle particulière en France et a fait l'objet de plusieurs condamnations, entre 2020 et 2022, pour des faits, notamment, de violence sur dépositaire de l'autorité publique et transport et détention non autorisés de stupéfiants, et a été placé en détention provisoire en 2023 pour des faits de récidive de transport non autorisé de stupéfiants, n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionné par rapport au but poursuivi, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ".

10. Alors même que la mesure de police en litige fera effectivement obstacle à la délivrance d'un visa temporaire qu'il pourrait obtenir pour pouvoir se rendre à la convocation des autorités judiciaires dans le cadre des procédures en cours le concernant, M. B dispose toutefois de la possibilité de se faire représenter par son conseil pour l'ensemble de cette procédure. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée totale de cinq ans méconnaîtrait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Dridi.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. KolfLa greffière,

signé

A. Bahmed

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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