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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403530

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403530

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme KOLF
Avocat requérantEL ATTACHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Nice, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet du Var a prononcé son maintien en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- son maintien en rétention n'est pas nécessaire et méconnaît les dispositions de l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience du 11 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Kolf, magistrate désignée,

- et les observations de Me El Atttachi, représentant M. A, assisté de Mme D, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 21 août 1990, a fait l'objet d'un arrêt portant obligation de quitter le territoire français en date du 25 août 2023. Il a présenté, le 27 juin 2024, alors qu'il était placé en rétention en vue de son éloignement, une demande d'asile. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet du Var a décidé de son maintien en rétention administrative sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme C E, directrice de cabinet du préfet du Var, qui justifie pour ce faire d'une délégation de signature du 12 avril 2024 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°83-2024-069 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte manque dès lors en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ (). ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. Le seul fait qu'un demandeur d'asile, au moment de l'introduction de sa demande, fasse l'objet d'une décision de retour et qu'il soit placé en rétention, ne permet pas de présumer que celui-ci a introduit cette demande dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la décision de retour et qu'il est objectivement nécessaire et proportionné de maintenir la mesure de rétention.

6. Pour prononcer le maintien en rétention de M. A, le préfet du Var s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé avait déjà présenté une demande d'asile rejetée le 18 avril 2024 et qu'il n'a présenté aucun recours contre cette décision de rejet ni de demande de réexamen avant son placement en rétention. M. A, en se bornant à faire valoir que sa situation de précarité ne lui avait pas permis de demander le réexamen de sa demande d'asile antérieurement à son placement en rétention, ne justifie d'aucune circonstance précise susceptible d'avoir entravé le dépôt d'un recours contre cette décision auprès de la Cour nationale du droit d'asile ou d'une demande de réexamen auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. En outre, il ne ressort pas des termes du procès-verbal d'audition de M. A en date du 25 juin 2024, au cours de laquelle il a déclaré être venu en France pour suivre ses sœurs entrées clandestinement et qu'il n'a pas trouvé de travail, que ce dernier aurait manifesté l'intention de solliciter l'asile. En effet, il s'est borné à indiquer qu'il ne voulait pas retourner dans son pays d'origine où il a dit rencontrer des problèmes, sans autre précision sur les craintes précises qu'il aurait en cas de retour en Tunisie, et sans manifester l'intention de déposer une nouvelle demande d'asile, alors même qu'il avait été interrogé préalablement sur sa demande d'asile et avait indiqué qu'elle avait été rejetée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile aurait été déposée consécutivement à la découverte, dont il se prévaut, lors de l'audience auprès du juge de la liberté et de la détention, de ce que son procès-verbal faisant état de sa demande d'asile a été transmis aux autorités consulaires de son pays d'origine. Dans ces conditions, les éléments objectifs retenus par le préfet du Var sont de nature à établir que la demande d'asile qu'il a présentée le 27 juin 2024 l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Ainsi, le préfet du Var a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre la décision attaquée.

7. En troisième lieu, l'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, et en tout état de cause, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, en le privant d'un recours suspensif auprès de la Cour nationale du droit d'asile, serait contraire aux stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième et dernier lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus que la décision maintenant un étranger en rétention au motif que sa demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, est prise sans préjudice du contrôle exercé sur la décision antérieure ayant placé l'étranger en rétention par le seul juge des libertés et de la détention, auquel il appartient également de se prononcer sur la prolongation de la rétention et sur toute demande de l'étranger tendant à ce qu'il soit mis fin à celle-ci. Dès lors, le moyen tiré par M. A de ce que sa rétention administrative ne serait pas nécessaire doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judicaire de Nice.

Lu en audience publique le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. KolfLa greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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