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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403554

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403554

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. A F et Mme D C épouse F, représentés par Me Rossler, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 juin 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande tendant à la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de leur fille mineure B F, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à B F à titre provisoire un document de circulation pour étranger mineur et, à titre subsidiaire, de délivrer à cette dernière un document de voyage, et ce dès la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, la décision portant une atteinte grave et immédiate à leur situation, dès lors qu'ils ne pourront pas quitter la France pour l'Algérie avec leur fille le 15 juillet 2024, et ce alors que les billets d'avion ont été achetés et que leur fille sera privée de sa famille pendant les vacances scolaires ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige en ce qu'elle méconnaît les dispositions du b) de l'article 10 de l'accord franco-algérien ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle prive sans raison leur enfant de la possibilité de rendre visite à sa famille en Algérie pendant les vacances scolaires.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 juin 2024 sous le n° 2403552 par laquelle M et Mme F demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 9 juillet 2024 :

- le rapport de Mme. E, présidente ;

- les observations de Me Rossler pour M. et Mme F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme D C épouse F, titulaires d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2025, ont déposé le 8 avril 2024 une demande tendant à la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de leur fille B F, née en 2016. Par une décision du 10 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande. Les requérants demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision cette décision et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de leur délivrer à titre provisoire le document sollicité.

2. Aux termes l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Au regard de l'objet comme des effets du document de circulation pour étranger mineur, qui permet seulement à son titulaire d'être réadmis en France sans avoir à justifier d'un visa et n'a aucune incidence sur la régularité de son séjour, son refus comme son retrait ne sauraient, en principe et en l'absence de circonstances particulières relatives à la situation concrète de l'étranger, créer une situation d'urgence.

4. En l'espèce, Il résulte de l'instruction que les requérants, titulaires d'un certificat de résidence algérien, résident en France avec leur fille née en 2016 et projettent de se rendre très prochainement en Algérie avec leur enfant dans le cadre de leurs congés d'été. Les requérants produisent une copie de leurs billets d'avion au départ de Nice le 15 juillet prochain. La décision en litige a pour effet de contraindre les requérants, pour voyager en Algérie, à solliciter un visa de retour au bénéfice de leur fille, dont la délivrance et les délais de délivrance sont très incertains, alors que l'enfant doit pouvoir revenir en France avec ses parents dans des délais raisonnables. Cette décision a pour effet indirect, au regard de ces difficultés, de dissuader les intéressés à partir tous ensemble en Algérie ou à partir sans leur fille, empêchant alors cette dernière de retrouver sa famille en Algérie. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence peut être regardée comme établie.

5. Aux termes de l'article L. 414-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger résidant en France, quelle que soit la nature de son titre de séjour, peut quitter librement le territoire français ". Aux termes de l'article L. 414-4 de ce code : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; () ". Aux termes de l'article L. 414-5 de ce code : " Le titulaire du document de circulation pour étranger mineur prévu à l'article L. 414-4 peut être réadmis en France, en dispense de visa, sur présentation de ce titre accompagné d'un document de voyage en cours de validité. ". Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidant en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : ()/ b) Le mineur algérien qui justifie par tous moyens avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans () ".

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées paraît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les motifs de la présente décision impliquent, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Alpes-Martimes délivre un document de circulation pour étranger mineur provisoire au bénéfice de l'enfant Nihla F, valable jusqu'au 31 août 2024 au minimum, et ce dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1rer : L'exécution de la décision du 10 juin 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de document de circulation pour étranger mineur présentée par M. et Mme F pour leur fille est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M et Mme F un document de circulation pour étranger mineur provisoire au bénéfice de leur fille, valable jusqu'au 31 août 2024 au minimum, ce dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A F et Mme D C épouse F et au ministre de l'intérieur des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 9 juillet 2024.

La présidente du tribunal,

Juge des référés

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Par délégation, la greffière,

2403554

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