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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403672

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403672

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantHMAD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B..., ressortissant tunisien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet des Alpes-Maritimes. Le tribunal a estimé que la décision attaquée était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas dénaturé les pièces du dossier. Il a également jugé que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son arrivée récente en France à l'âge adulte et de l'absence d'attaches familiales établies sur le territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. A... B..., représenté par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l’attente, à ce qu’il soit délivré un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans les huit jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
le préfet a commis une dénaturation des éléments produits au soutien de sa demande de titre ;
la décision attaquée souffre d’une insuffisance de motivation ;
la décision a été prise en méconnaissance des stipulations résultant de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la décision méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses résultats scolaires et de ses perspectives d’évolution professionnelle.

Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à l’irrecevabilité de la requête et au rejet de l’ensemble de ses conclusions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique du 14 janvier 2025 :
- le rapport de M. Soli, président-rapporteur ;
- les observations de Me Hmad, représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant tunisien né en 2000, est entré en France en 2020 et a poursuivi sa scolarité dans plusieurs établissements, en obtenant le baccalauréat avec mention bien et en s’inscrivant ensuite dans une formation professionnalisante en alternance. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 27 mai 2024 du préfet des Alpes-Maritimes lui refusant la délivrance d’un titre de séjour et l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions d’annulation, sans qu’il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, aucun n’élément du dossier ne permet d’établir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dénaturé les pièces produites par le requérant lors de l’appréciation de sa situation. Il s’ensuit que les moyens soulevés par le requérant et tenant à l’insuffisance de motivation et à la dénaturation des pièces du dossier doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. » Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. »

4. Le requérant, qui est arrivé sur le territoire français à l’âge de vingt ans, a été scolarisée en France où il a obtenu un baccalauréat professionnel et où il poursuit des études en BTS. Il est célibataire et sans enfant et n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales en Tunisie où il pourra poursuivre ses études. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Celle-ci n’est donc pas contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour ces mêmes raisons, elle n’est pas davantage entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur la situation personnelle de M. B....

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…). » Aux termes de l’article 11 de l’accord franco-tunisien : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l’autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ».

6. Il résulte de ces stipulations de l’accord franco-tunisien que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. Cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d’entrée sur le territoire français des ressortissants tunisiens. Par conséquent, les dispositions précitées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d’un visa de long séjour, sont applicables aux ressortissants tunisiens sollicitant un titre de séjour portant la mention « étudiant ». Or, il est constant que le requérant qui est entré irrégulièrement sur le territoire français, ne disposait donc pas d’un visa de long séjour lors de son entrée sur le territoire français et ne peut donc se prévaloir des dispositions précitées de l’article L.422-1.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». En présence d’une demande de régularisation présentée sur le fondement de l’article L. 435-1, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ».

8. En l’espèce, M. B..., soutient qu’il est présent en France depuis presque quatre ans à la date de la décision attaquée et qu’il est inscrit depuis 2020 dans un lycée professionnel et qu’il a obtenu un baccalauréat professionnel avec mention bien. Après avoir effectué une première année en brevet de technicien supérieur (BTS) « production maintenance des systèmes », il cherche à effectuer une alternance afin de pouvoir valider sa formation. Ces éléments ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tenant à la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles aux fins d’injonction sous astreinte et celles concernant les frais de l’instance.





D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Hmad et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 14 janvier 2025, où siégeaient :

- M. Soli, président-rapporteur,
- Mme Gazeau, première conseillère,
- M. Loustaleau, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 mars 2025.

Le président-rapporteur

signé
P. SOLI
L’assesseure la plus ancienne,

signé

D. GAZEAU



La greffière,

signé

B-P. ANTOINE


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière


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