lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. RINGEVAL |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 juillet 2024 et 28 août 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 août 2024, Mme A D, représentée par Me Oloumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de l'en informer ainsi que le tribunal ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin, sans délai, aux mesures de surveillances prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant le réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- il est entaché d'erreurs de droit, d'appréciation et de fait ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire:
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire ;
- elle justifie de circonstances humanitaires.
Des pièces, présentées par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 22 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 septembre 2024 :
- le rapport de M. Ringeval, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Oloumi, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante géorgienne née le 11 novembre 1986, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 du 1er juillet 2024 accessible tant au juge qu'aux parties, Mme B C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit être écarté.
3. En second lieu, Mme D fait valoir qu'elle n'a pas été informée de ce qu'elle pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ni avoir été mise en mesure de faire valoir, de manière utile et effective, ses observations concernant une telle mesure d'éloignement. D'une part, il ressort du procès-verbal du 4 juillet 2024 qu'elle a été informée sur l'éventualité d'une mesure de reconduite à la frontière à son encontre. D'autre part, elle ne se prévaut en tout état de cause d'aucun élément qu'elle aurait été privée de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, le moyen pris en ses deux branches, ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, l'arrêté en litige vise les textes applicables et notamment les dispositions des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes, après avoir constaté le rejet de la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par Mme D par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), a examiné l'ensemble de la situation personnelle et familiale de la requérante et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, les décisions contestées comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. La circonstance que la requérante ait indiqué lors de son audition que : " Ma fille est scolarisée en France, elle adore la France. J'envisage de faire toutes les démarches afin de régulariser notre situation en France. Ma fille est scolarisée à l'école Bonvoyage en CP. Nous avons un justificatif de scolarité de notre fille " sans que cette mention ait été reprise dans l'arrêté attaqué, est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions et dès lors que la régularité de la motivation de la décision litigieuse ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces arrêtés entrepris et du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet ait tenu pour irrégulière l'entrée de Mme D sur le territoire français alors que, depuis mars 2017, les ressortissants géorgiens sont exemptés de solliciter un visa court séjour afin de rejoindre l'espace Schengen, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés des erreurs de droit, d'appréciation, de fait doivent être écartés.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. En l'espèce, Mme D soutient être entrée en France en avril 2018 où elle y réside avec son mari et sa fille âgée de 7 ans scolarisée. Toutefois, elle ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire ni être dépourvue de liens dans son pays d'origine. En outre, elle n'établit ni même n'allègue que son conjoint serait en situation régulière. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale de l'intéressée ne pourrait pas se reconstituer en Géorgie ni que la scolarisation de son enfant ne pourrait pas se poursuivre dans ce pays. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant. Pour les mêmes raisons, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
9. Pour refuser à Mme D l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que l'intéressée n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'elle ne présente pas de garantie de représentation suffisantes dès lors qu'elle ne justifie pas d'un lieu de résidence permanent, et qu'elle s'est soustraite à des mesures d'éloignement prononcées à son encontre en 2019 et 2021. La requérante, qui se borne à faire valoir sans autre précision qu'elle réside de manière stable et effective en France depuis 6 ans et qu'elle est hébergée au domicile d'une proche de la famille depuis 2022, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait, en prenant la décision portant refus de délai de départ volontaire, commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ni même insuffisamment motivé sa décision.
10. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour.
11. En huitième et dernier lieu, la requérante ne justifie d'aucune considération humanitaire qui pourrait faire obstacle à l'interdiction de retour de de deux ans sur le territoire français prononcée à son encontre. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, elle n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de territoire litigieuse est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024
Le magistrat désigné,
signé
B. RINGEVALLa greffière,
signé
A. BAHMED
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
2403700
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026