vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat M d'IZARN de VILLEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Coscat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est entaché de l'incompétence de son signataire ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de fait ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Izarn de Villefort ;
- et les observations de Me Coscat pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Elle demande en outre d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 9 février 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'admettre au séjour M. B, ressortissant ivoirien, au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par arrêté du 25 juin 2024, le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. L'intéressé demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés simultanément.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui, selon les mentions non contestées figurant sur l'arrêté attaqué, a déclaré être entré en France irrégulièrement le 30 août 2021, a été débouté du droit d'asile par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 6 avril 2023, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 9 octobre 2023. Par suite, il se trouvait dans la situation prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".
5. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les éléments figurant au dossier du requérant et, à titre principal, ceux qui sont en rapport avec les démarches effectuées en vue de se voir reconnaître la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Après mention de l'obligation résultant des dispositions des articles R. 521-5 et R. 521-6 du code précité, il constate que le requérant n'a fourni aucun élément susceptible de réexaminer son droit au séjour sur un autre fondement juridique que celui de l'asile, le requérant ne démontrant pas sur ce point qu'il avait fourni des éléments relatifs son activité professionnelle. Il expose en quoi aucun autre titre de séjour ne peut lui être délivré, notamment à titre exceptionnel. L'ensemble de ces mentions constitue une motivation suffisante et dépourvue d'ambiguïté de nature à permettre à l'intéressé de comprendre le fondement juridique et les circonstances de fait sur lesquels repose l'obligation de quitter le territoire français attaquée.
6. En troisième lieu, le requérant se prévaut d'une activité professionnelle de manœuvre puis de poseur menuisier aluminium et PVC exercée en intérim à compter du 29 août 2023 puis sous contrat à durée indéterminée à compter du 22 janvier 2024. Tant la durée et le caractère récent de cette activité par rapport à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaquée que le fait que soit mentionné sur les documents produits que le requérant est de nationalité portugaise ou italienne ne permettent pas de caractériser une erreur manifeste d'appréciation qui entacherait cette décision.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
7. Aux termes de l'article L. 611-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aurait été notifié à l'intéressé à une date antérieure à celle à laquelle l'arrêté du 25 juin 2024 prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an lui a été notifié. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet a considéré que, à la date de cet arrêté du 25 juin 2024, M. B s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire de trente jours fixé par l'arrêté du 9 février 2024.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre l'arrêté du 25 juin 2024, M. B est seulement fondé à demander l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le requérant demande au tribunal d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du seul arrêté du 25 juin 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'implique pas de telles mesures d'exécution. Ces conclusions doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, le requérant n'ayant pas demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté du 25 juin 2024 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera faite au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. d'IZARN de VILLEFORT
La greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026