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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403786

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403786

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVAN DER BEKEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 24 juillet 2024, M. F B D, représenté par Me Van Der Beken, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Van Der Beken en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que la notification de l'acte a été antidatée ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce que le préfet s'est fondé sur une mesure de garde à vue pour des faits pour lesquels il n'est pas jugé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. F B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2024 bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert, présidente-rapporteure ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant portugais né le 29 juillet 1996, demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 21 octobre 2024. Par suite, sa demande est sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité et n'ont d'effet que sur le déclenchement du délai de recours contentieux à son encontre. Par suite, la circonstance invoquée par M. B D selon laquelle la date de notification de l'arrêté est erronée est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2024-035 du 11 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 09.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement et notamment les obligations de quitter le territoire français ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.251-1.2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation de M. B D, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses. En particulier l'arrêté précise que le requérant ne justifie d'aucune activité professionnelle, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, en date du 3 octobre 2021, et qu'il est défavorablement connu des services de police notamment pour des faits de port d'arme, de détention, d'offre ou de cession, d'usage et de transport de stupéfiants, de recel de biens et de défaut de permis de conduire. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation n'est pas fondé et doit, par suite, être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre, de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

10. En l'espèce, le requérant soutient résider en France depuis ses 8 ans, soit depuis l'année 2004. Toutefois, les pièces versées au dossier sont insuffisamment nombreuses, probantes et diversifiées pour démontrer la stabilité et la continuité de la résidence de l'intéressé depuis 2004. Par ailleurs, si M. B D se prévaut de la présence de sa sœur et de sa mère en France, il ne démontre par le caractère impérieux de sa présence auprès d'elles. En outre, la production de quatre contrats de mission temporaire pour des durées inférieures à un mois, et de bulletins de salaire pour les mois de septembre 2021, octobre 2021, mai 2023 et juin 2024 ne suffit pas à établir son insertion professionnelle. De plus, il n'est pas démontré que l'intéressé, célibataire et sans enfant, serait dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B D ne peut être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce que le préfet s'est basé sur une mesure de garde à vue pour des faits pour lesquels il n'est pas jugé. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que celui-ci ne fait qu'énoncer les faits ayant conduit à l'interpellation et à la mise en garde à vue de l'intéressé sans pour autant faire état d'une quelconque condamnation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans :

12. En l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes a estimé que le comportement du requérant constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant l'édiction d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par les pièces produites, le préfet des Alpes-Maritimes a justifié plusieurs condamnations évoquées et notamment que sa date de libération prévisionnelle est fixée au 9 juillet 2027. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des condamnations dont il est apporté la preuve, la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans n'apparait pas disproportionnée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, sa requête doit être rejetée, ensemble ses conclusions à fin d'injonction et celles formulées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 novembre2024 à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente ;

Mme Zettor, première conseillère ;

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

V. Chevalier-Aubert L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. Zettor

La greffière,

signé

C.Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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