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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403801

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403801

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M d'IZARN de VILLEFORT
Avocat requérantRAMOINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Ramoino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) que soit désignés un avocat de permanence et un interprète de langue russe.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort ;

- et les observations de Me Ramoino pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Elle soutient en outre que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 24 juin 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. B, ressortissant russe, une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui, selon les mentions non contestées figurant sur l'arrêté attaqué, a déclaré être entré en France irrégulièrement le 2 octobre 2020, a été débouté du droit d'asile par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 10 mars 2022. Sa demande de réexamen enregistrée le 4 décembre 2023 a été rejetée pour irrecevabilité le 12 décembre suivant. Par suite, il se trouvait dans la situation prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 77-2024 du même jour, lequel est librement consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à Mme A D, signataire de l'arrêté contesté, adjointe à la cheffe de bureau des examens spécialisés à la préfecture des Alpes-Maritimes, à l'effet de signer " les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'OFPRA et de la CNDA ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".

6. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que le requérant a déclaré être entré irrégulièrement en France. Après avoir visé les éléments figurant au dossier du requérant, relatifs à sa situation au regard du droit d'asile, il indique que la mesure envisagée n'est pas, au vu de ces éléments, de nature à comporter pour sa situation personnelle ou familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il constate également que le séjour irrégulier de l'intéressé et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire. Ainsi, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour notifier à M. B une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, alors même que l'arrêté ne donne pas le détail de l'ensemble des éléments de fait qui caractérisent la situation particulière de l'intéressé, sa motivation, en tant notamment qu'elle concerne l'obligation de quitter le territoire français, est régulière et ne révèle pas un examen insuffisant de cette situation.

7. M. B, né le 30 mars 1988, entré irrégulièrement en France selon ses déclarations le 2 octobre 2020 a été débouté définitivement du droit d'asile, comme son épouse de même nationalité. Il n'a apporté aucune précision, tant à l'appui de sa requête qu'à l'audience, en ce qui concerne le ou les enfants du couple que l'arrêté attaqué mentionne ou encore sur les attaches qu'il aurait nouées en France. Il ne démontre, ni même n'allègue, qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de l'obligation de quitter le territoire contestée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour le même motif, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur sa situation personnelle.

Sur le pays de destination :

8. Débouté du droit d'asile, le requérant ne fournit aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans le pays dont il possède la nationalité. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera faite au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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