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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403833

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403833

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTADJER MAXIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Tadjer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " entrepreneur/libéral " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que les décisions attaquées sont entachées :

- d'un vice d'incompétence de leur auteur ;

- d'un vice de procédure concernant son droit d'être entendu et le principe du contradictoire ;

- d'une insuffisance de motivation ;

- d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- d'une méconnaissance de stipulations de l'article 12 de la directive 2003/109/CE du Conseil Européen du 25 novembre 2003 et des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'une atteinte à la liberté d'entreprendre et au droit de travailler ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et professionnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/109/CE du Conseil Européen du 25 novembre 2003 ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 16 janvier 2025 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- le préfet des Alpes-Maritimes et le requérant n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 5 mai 1985, a déposé une demande de titre de séjour auprès du préfet des Alpes-Maritimes le 20 août 2021. Il demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme C D, directrice adjointe de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 77-2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions portant refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché les décisions litigieuses d'une insuffisance de motivation, il ressort des pièces du dossier qu'elles visent les dispositions légales sur lesquelles elles se fondent, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B, en énonçant notamment les conditions de son séjour en France ainsi que sa situation familiale. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Il ne ressort des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, la seule circonstance que le requérant n'aurait pas été entendu, préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux ne permet ni de regarder l'intéressé comme ayant été privé du droit d'être entendu ni de considérer que le principe du contradictoire aurait été méconnu. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que le titre de séjour ait été demandé sur ce fondement. Par suite, ce moyen sera écarté comme inopérant.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant a exercé en France une activité professionnelle, tant cette circonstance que sa durée de présence habituelle en France (depuis 2018) ne sont toutefois pas suffisantes pour établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, dès lors, notamment, qu'il y est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations précitées.

8. En sixième lieu, la liberté d'entreprendre s'entend comme celle d'exercer une activité économique dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur sur le territoire français et ne saurait faire obstacle à l'application par l'administration des textes applicables à l'éloignement des étrangers. Dans ces conditions, ni la liberté d'entreprendre ni même le droit au travail ne faisaient obstacle à que le préfet des Alpes-Maritimes oblige M. B à quitter le territoire français dès lors qu'il ne remplissait pas la condition de séjour régulier sur ledit territoire. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit également être écarté.

9. En septième lieu, la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ayant été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011, M. B ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

10. Enfin, en huitième lieu, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.

Sur les dépens :

12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions de la requête à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortes, président ;

M. Holzer, premier conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2025.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

signésigné

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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