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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403834

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403834

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantWAOUAJRA WISSEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 23 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Waouajra, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le recours est désormais limité à la demande de suspension du refus de titre de séjour et de l'abrogation du récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour ;

- sa requête est recevable ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il n'a plus de document l'autorisant à séjourner en France et qu'il ne peut de ce fait, travailler ;

- les moyens qui sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué sont : l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, son droit à être entendu n'a pas été respecté, l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation de l'arrêté, la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne, la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York, l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale, et au regard de l'atteinte à l'ordre public ;

- le refus de délai de départ volontaire est disproportionné ;

- l'assignation à résidence porte atteinte à son droit à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- La requête est irrecevable en ce qu'elle concerne les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

- aucun moyen soulevé n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu la requête au fond, enregistrée au greffe du tribunal le 3 juillet 2024, sous le n° 2403615.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sorin, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 23 juillet 2024 à 14h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin, juge des référés ;

- et les observations de Me Waouajra, pour le requérant, qui persiste dans ses écritures ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 novembre 1994, est entré en France le 6 avril 2006 et a notamment obtenu une carte de résident, valable du 24 juin 2011 au 23 juin 2021, puis deux cartes de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le dernier titre en sa possession étant valable du 11 janvier 2023 au 10 janvier 2024. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 10 janvier 2024 alors qu'il était incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse. Par un arrêté du 1er juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de demande de titre de séjour en sa possession, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de cet arrêté, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n° 243615 du 12 juillet 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif a annulé l'arrêté du 1er juillet 2024, en tant qu'il porte obligation de quitter sans délai le territoire français, qu'il fixe le pays de renvoi, qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et qu'il porte assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, ainsi que le requérant l'indique dans ses dernières écritures, la demande porte désormais seulement sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté du 1er juillet 2024 en tant qu'il refuse un titre de séjour et abroge le récépissé de demande de titre de séjour en sa possession.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. Aux termes l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

6. Les moyens invoqués par M. A à l'appui de sa demande de suspension et tirés de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, de ce que son droit à être entendu n'a pas été respecté, de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation de l'arrêté, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne, de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et au regard de l'atteinte à l'ordre public ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions.

O R D O N NE :

Article 1er : M. A est admis, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Waouajra et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 24 juillet 2024

La juge des référés,

Signé

G. Sorin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Par délégation, la greffière

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