jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403837 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, la société Entrepôt 222, représentée par Me Dalbera, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a résilié son habilitation n°15160 à l'immatriculation des véhicules, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'ordonner provisoirement l'octroi de l'habilitation dans la continuité des relations contractuelles sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée par les effets immédiats de la décision en litige sur sa situation financière ; elle a d'ores et déjà temporairement perdu un gros client ; ces perturbations financières auront un impact sur l'emploi au sein de la société et sur la situation financière d'autres entreprises ;
- la procédure de résiliation est irrégulière en ce qu'aucune concertation n'a été organisée en vue de mettre un terme aux manquements et aucun préavis n'a été respecté ;
- aucune procédure contradictoire n'a été respectée ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la condamnation de son président en exercice n'a aucun lien avec les stipulations contractuelles ; elle ne justifiait pas que soit diligentées une enquête administrative ;
- les conséquences de cette décision sont disproportionnées.
La requête a été communiquée à la préfecture, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juillet 2024 sous le numéro 2403836 par laquelle la société Entrepôt 222 demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article R.222-22 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Ravera, greffière d'audience, Mme Guilbert a lu son rapport et entendu :
- Me Ciriani, représentant la société Entrepôt 222, qui soutient, notamment, que le retrait de l'habilitation en litige représente pour la société Entrepôt 222 une perte de chiffre d'affaire de 44 442 euros hors taxe si l'on réalise une projection à partir de l'année 2023, que l'un de ses salariés est dédié à l'activité d'immatriculation, que son principal partenaire, la société Car Enchères, a cessé de travailler avec elle, que sa situation économique est en péril, que la notion d'honorabilité ne peut justifier la décision en litige, qu'elle disposait d'un droit acquis au bénéfice de son habilitation et qu'elle n'est pas soumise aux conditions nouvelles d'habilitation posées par l'arrêté du 12 juin 2018, que les manquements qui lui sont reprochés n'entrent pas dans les cas limitatifs permettant une suspension de plein droit ;
- M. A, représentant la préfecture des Alpes-Maritimes, qui soutient, notamment, que la rétribution du service d'immatriculation rendu possible par l'habilitation en litige est très faible, que l'habilitation à l'immatriculation des véhicules ne peut être délivrée en cas de mention au bulletin n°2 du casier judiciaire, que la société requérante a fait l'objet d'une suspension au mois d'avril 2024 pour n'avoir pas signalé son changement d'adresse et en raison de la condamnation de son président en exercice.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Entrepôt 222 exerce plusieurs activités, dont celle d'achat et vente de tous types de véhicules automobiles, démolition pour récupération de pièces détachées de véhicules, entreposage de véhicules automobiles ainsi que des prestations de services non réglementés relatifs à ces activités. Le 15 octobre 2009, elle a conclu avec la préfecture des Alpes-Maritimes une convention d'habilitation individuelle " professionnel de l'automobile " permettant d'effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation des véhicules ainsi qu'une convention d'agrément en vue de la perception des taxes et redevances dues sur les certificats d'immatriculation des véhicules à moteur. Par une décision du 1er juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de résilier l'habilitation. Par la présente requête, la société 222 demande la suspension de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " . Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce, si la société entrepôt 222 soutient que le retrait de son habilitation à l'immatriculation des véhicules la place dans une situation financière difficile avec un manque à gagner qui peut être estimé, par projection des résultats de l'année 2023 à une somme de 44 442 euros hors taxe, la perte de partenariats et le licenciement de salariés, elle n'apporte aucun élément de nature à établir ces allégations. Notamment, alors que le préfet soutient en défense que la rétribution financière du service d'immatriculation de véhicules est en principe très modique, la société entrepôt 222, qui précise exercer plusieurs activités dont l'immatriculation n'est qu'un accessoire, ne produit aucun élément permettant d'apprécier la part de ses recettes globales susceptible d'être affectée par le retrait de son habilitation. Dans ces conditions, la condition d'urgence énoncée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, la présente requête doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Entrepôt 222 est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Entrepôt 222 et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 1er août 2024.
La juge des référés,
signé
L. Guilbert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
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