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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403870

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403870

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M d'IZARN de VILLEFORT
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Noel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle considère qu'il est majeur ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. d'Izarn de Villefort a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 10 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. B, ressortissant algérien, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article 388 du code civil : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. Les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé. ".

4. Il résulte de la décision du Conseil constitutionnel n° 2018-768 QPC du 21 mars 2019 qu'il appartient aux autorités administratives et judiciaires compétentes de donner leur plein effet aux garanties résultant de ces dispositions relatives à la détermination de l'âge d'un individu. Le législateur a exclu que les conclusions des examens radiologiques puissent constituer l'unique fondement dans la détermination de l'âge de la personne. Il appartient aux autorités précitées d'apprécier la minorité ou la majorité de celle-ci en prenant en compte les autres éléments ayant pu être recueillis, tels que l'évaluation sociale ou les entretiens réalisés par les services de la protection de l'enfance. Si les conclusions des examens radiologiques sont en contradiction avec les autres éléments d'appréciation susvisés et que le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, ce doute profite à la qualité de mineur de l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpelé le 8 juillet 2024 pour avoir exercé des violences à l'encontre d'un fonctionnaire de police et placé en garde en vue. Ayant déclaré être né le 17 mai 2007, il a fait l'objet, dans le cadre de l'enquête de flagrance, d'un examen radiologique osseux ordonné par l'autorité judiciaire aux fins de détermination de l'âge. Le compte-rendu de l'examen, réceptionné le 9 juillet à 18 h 41, conclut que l'intéressé est âgé de 18 ans plus ou moins 6 mois. A la suite de sa comparution le lendemain matin devant le tribunal correctionnel de A, cette juridiction s'est déclarée incompétente au profit du tribunal pour enfants de A.

6. Il ressort des motifs mentionnés dans l'arrêté attaqué que, pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que l'intéressé était né le 17 mai 2006, qu'il avait déclaré être entré en France irrégulièrement sans justifier des documents et du visa exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne justifiait d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'avoir jamais sollicité de titre de séjour. Il s'est ainsi fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également mentionné dans son arrêté que M. B avait vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 16 ans. Ces mentions ne sont pas contradictoires dès lors qu'un mineur algérien ne peut entrer régulièrement en France qu'en possession des documents et du visa précités et qu'il peut chercher à régulariser son séjour en présentant une demande de titre de séjour dès sa majorité. En revanche, l'arrêté mentionne que le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique et qu'il est connu sous deux alias différents avec les dates de naissance des 17 mai 2007 et 17 mai 2006. Ces mentions révèlent que le préfet a eu connaissance de procès-verbaux établis lors de cette garde à vue, lesquels indiquaient que, contrairement à ses déclarations recueillies à l'occasion de ses nombreuses interpellations précédentes, M. B affirmait désormais être mineur. L'arrêté attaqué ne mentionne ni la décision de l'autorité judiciaire, prise au plus tard le 9 juillet 2024, veille de la signature de l'arrêté attaqué, de faire réaliser un examen radiologique osseux de l'intéressé, ni la comparution prévue de l'intéressé le 10 juillet 2024, date de cet arrêté, devant le tribunal correctionnel de A, notamment pour l'infraction de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire. Alors même que cet examen a conclu à un âge, à la date du 9 juillet 2024, de 18 ans plus ou moins 6 mois, et qu'ainsi, la date de naissance du 17 mai 2007 alléguée par M. B lors de sa dernière garde à vue était en dehors de la marge d'erreur retenue par cet examen, l'arrêté, qui ne vise d'ailleurs pas l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été pris à la suite d'un examen insuffisant de la situation du requérant en ce que les garanties résultant des dispositions de l'article 388 du code civil ont été méconnues.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2024.

8. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Noel, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Noel de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

DECIDE

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 10 juillet 2024 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Noel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Noel, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Noel.

Copie en sera faite au ministre de l'intérieur, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de A et au bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de A.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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