samedi 13 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403876 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. B A demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la mise à exécution par décision du préfet du Var du 14 juin 2024 de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre à l'administration de le transférer en Allemagne et de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable : le préfet n'ayant pas pris en compte sa nationalité érythréenne, sa protection en Allemagne et la transmission de son audition aux autorités érythréennes ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'il est placé en rétention et que la mesure d'éloignement peut être mise à exécution à tout moment ;
- l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier-Aubert, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en Ethiopie et qui se présente comme ressortissant érythréen, a fait l'objet d'une décision du préfet du Puy-de-Dôme en date du 27 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de 30 jours à laquelle il n'a pas déféré. Interpelé le 14 juin 2024, il a fait l'objet de décisions du préfet du Var d'interdiction de retour et de placement en rétention administrative, confirmé par le juge judiciaire, pour exécuter son éloignement. M B demande au juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la mise à exécution par décision du préfet du Var du 14 juin 2024 de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français. Il a présenté le 20 juin 2024 une requête strictement identique. M. A a présenté une requête en annulation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre par le préfet du Var, le 14 juin 2024. Cette requête a été rejetée par un jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice en date du 17 juin 2024. Par une ordonnance n°2403331 du 21 juin 2024, que M. B n'a pas contesté, le juge des référés du tribunal de Nice a également rejeté sa demande.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures". Aux termes de son article L. 722-7 : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".
4. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale que ce code prévoit présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive.
5. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
6. Pour justifier des circonstances de droit ou de fait nouvelles de nature à rendre recevable, en application des règles énoncées ci-dessus, sa demande formée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que l'autorité préfectorale n'a pas pris en considération la protection dont il bénéficierait en Allemagne, sa nationalité érythréenne, sa protection en Allemagne et la transmission de son audition aux autorités érythréennes. Toutefois, il n'établit, par ces seules allégations, l'existence d'aucune circonstance nouvelle qui serait survenue postérieurement à ce placement en rétention et serait susceptible de justifier que soient suspendus les effets de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ou de constituer un obstacle majeur à la mise à exécution de son éloignement. Par suite, M. A n'est fondé à se prévaloir ni d'une situation d'urgence particulière au sens des dispositions citées au point 1. ni d'aucune atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés et droits fondamentaux.
7. Les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et d'interdiction de retour dont il fait l'objet ainsi que ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
8. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". La requête de M. A étant manifestement infondée, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera transmise pour information aux préfets des Alpes-Maritimes, du Var et du Puy-de-Dôme.
Fait à Nice, le 13 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
V. Chevalier-Aubert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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