vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat M d'IZARN de VILLEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Delobel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour valant admission exceptionnelle au séjour portant mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travailler ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il porte sur un refus de renouvellement de titre de séjour en qualité de demandeur d'asile et non sur une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Izarn de Villefort a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 13 octobre 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'admettre au séjour Mme A, ressortissante tunisienne, au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui, serait entrée en France irrégulièrement le 25 septembre 2020, selon ses déclarations, a été déboutée du droit d'asile par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 janvier 2022, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 22 août 2022. Par suite, elle se trouvait dans la situation prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes une demande d'admission exceptionnelle au séjour, reçue le 7 juin 2023, en vue de l'attribution d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 18 juillet 2024, devenu définitif, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet pendant plus de 4 mois sur cette demande. Par l'arrêté attaqué, qui avait été produit par l'administration au cours de cette instance et auquel ce jugement ne se réfère pas, le préfet des Alpes-Maritimes, tirant les conséquences de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire avait été définitivement refusé à Mme A, a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour en qualité de protégée internationale. En application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a vérifié si l'intéressée pouvait se prévaloir d'un droit au séjour, et notamment d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le cadre des dispositions combinées des articles L. 435-1 et L. 423-23 du même code. Compte tenu de cette motivation, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait mépris sur l'objet de sa demande en statuant sur son droit au séjour à titre principal au regard de la protection internationale.
6. En troisième lieu, Mme A, née le 24 mars 1986, a déclaré être entrée en France irrégulièrement le 25 septembre 2020. Elle a été déboutée définitivement du droit d'asile. Elle expose qu'elle vit en France avec son enfant né le 20 juin 2019, qui est scolarisé. Par lui-même, l'arrêté attaqué n'implique cependant pas la séparation avec son enfant, qui peut poursuivre sa scolarité en Tunisie. Si sa sœur, qui a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour demeure également en France avec ses cinq enfants, elle se trouve actuellement en situation irrégulière. La requérante ajoute qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine dans la mesure où leurs deux parents sont décédés, sans pour autant établir que d'autres membres de sa famille y résideraient. Elle ne fait pas état de l'exercice d'une activité professionnelle ou d'une autre forme d'insertion. Si elle soutient qu'elle n'est pas à l'origine de troubles à l'ordre public, elle ne conteste pas le bien-fondé des mentions figurant dans l'arrêté attaqué selon lesquelles elle aurait été l'auteur, le 10 mars 2021, de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et, le même jour, de violence commise en réunion sans incapacité. Dans ces conditions, eu égard à la brève durée et aux conditions de son séjour, en dépit de la maîtrise alléguée de la langue française, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de lui reconnaître un droit au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire contestée. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour le même motif, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du même code et des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera faite au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. d'IZARN de VILLEFORT
La greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026