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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403962

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403962

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M d'IZARN de VILLEFORT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. D, ressortissant turc, contestant l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2024 lui refusant une attestation de demande d'asile, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant que l'arrêté visait les textes applicables et que la signataire bénéficiait d'une délégation régulière. Il a estimé que le refus de délivrance de l'attestation était légal, dès lors que le droit au maintien de M. D avait pris fin suite au rejet définitif de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA, conformément aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet et 17 septembre 2024, M. A D, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou de lui délivrer une autorisation de séjour dans le cadre de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- le refus de séjour au titre de l'asile est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les stipulations du 2 de l'article 31 de la convention de Genève et celles de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort ;

- et les observations de Me Lestrade pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Il soutient en outre que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement de la magistrate désignée du 3 mai 2024.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 5 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. D, ressortissant turc, une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de délivrer une attestation de demande d'asile :

2. Par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 du même jour, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à Mme B C, signataire de l'arrêté contesté, adjointe à la cheffe de bureau des examens spécialisés à la préfecture des Alpes-Maritimes, à l'effet de signer " les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'OFPRA et de la CNDA ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué pour refuser la délivrance d'une attestation de demande d'asile manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la demande de réexamen de la demande d'asile déposée par le requérant a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision de ne pas délivrer une attestation de demande d'asile. M. D ne saurait utilement contester la motivation formelle de l'arrêté attaqué sur ce point en en critiquant le bien-fondé.

4. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 5 juillet 2013, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 juillet 2013. Entré irrégulièrement en France le 2 juin 2023 selon ses déclarations, il a présenté une demande de réexamen enregistrée le 20 juin suivant, qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 14 août 2023, confirmée par un arrêt de la CNDA du 13 octobre 2023. Par suite, à la date de l'arrêté attaqué et en application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne bénéficiait plus du droit au maintien sur le territoire français. Dès lors, le préfet a pu légalement refuser de lui délivrer l'attestation de demande d'asile.

6. Aux termes de l'article 31 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " () 2. Les Etats contractants n'appliqueront aux déplacements de ces réfugiés d'autres restrictions que celles qui sont nécessaires ; ces restrictions seront appliquées seulement en attendant que le statut de ces réfugiés dans le pays d'accueil ait été régularisé ou qu'ils aient réussi à se faire admettre dans un autre pays. En vue de cette dernière admission, les Etats contractants accorderont à ces réfugiés un délai raisonnable ainsi que toutes facilités nécessaires ".

7. Ces stipulations sont relatives au déplacement des réfugiés qui sont dans l'attente de l'examen de leur demande d'asile et de leur régularisation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît ces stipulations.

8. Si M. D soutient que la décision du préfet refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile fait obstacle à ce qu'il soit présent à l'audience de la CNDA statuant sur sa demande de réexamen, outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait présenté une seconde demande en ce sens, cette décision n'aurait pas pour effet de l'empêcher d'exercer un recours devant la CNDA. Ainsi, le moyen tiré de la violation du droit au recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

10. En deuxième lieu, pour le motif énoncé au point 5, M. D ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, il se trouvait dans la situation prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué pour édicter l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".

13. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que le requérant a déclaré être entré irrégulièrement en France. Après avoir visé les éléments figurant au dossier du requérant, relatifs à sa situation au regard du droit d'asile, il indique en quoi ces stipulations ne sont pas méconnues. Il constate également que le séjour irrégulier de l'intéressé et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire. Ainsi, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour notifier à M. D une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, alors même que l'arrêté ne donne pas le détail de l'ensemble des éléments de fait qui caractérisent la situation particulière de l'intéressé, sa motivation, en tant notamment qu'elle concerne l'obligation de quitter le territoire français, est régulière et ne révèle pas un examen insuffisant de cette situation.

14. M. D, né le 20 juin 1981, entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en 2023, a été débouté définitivement du droit d'asile. Il est célibataire et ne justifie d'aucun élément en rapport avec une insertion quelle qu'elle soit. En se bornant à exciper de l'annulation, par un jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice du 3 mai 2024, de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 9 février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il fixe le pays de destination, le requérant n'établit pas que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de l'obligation de quitter le territoire contestée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation au requérant de quitter le territoire français et a décidé qu'il serait renvoyé à destination du pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible. Par un jugement du 3 mai 2024, devenu définitif, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice a annulé cet arrêté en tant uniquement qu'il fixe le pays de destination vers lequel M. D est renvoyé au motif qu'il existait des motifs sérieux de croire, dans les circonstances particulières de l'espèce, que l'intéressé encourrait, dans son pays, un risque réel et personnel de subir des traitements inhumains ou dégradants et qu'ainsi, le préfet avait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. En persistant, par l'arrêté attaqué du 5 juillet 2024, à décider que le requérant, en cas de maintien sur le territoire à l'expiration du délai de départ volontaire, serait renvoyé notamment à destination du pays dont il possède la nationalité, le préfet a méconnu l'autorité de la chose jugée par ce jugement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre la décision fixant le pays de destination, M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 en tant qu'il désigne la Turquie comme étant l'un des pays à destination desquels il doit être renvoyé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le requérant demande au tribunal d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou de lui délivrer une autorisation de séjour dans le cadre de sa demande d'asile. L'annulation de la décision fixant le pays de renvoi n'implique cependant pas pour le préfet de procéder à un nouvel examen de la situation de l'intéressé. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté du 5 juillet 2024 est annulé en tant qu'il désigne la Turquie comme étant l'un des pays à destination desquels M. D doit être renvoyé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera faite au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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