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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2403991

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2403991

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2403991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme A... contestant l'arrêté préfectoral du 25 juin 2024. Cette décision portait sur un refus de titre de séjour, une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la requérante ne justifiait pas de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. La solution retenue s'appuie notamment sur les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, Mme B... A..., représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de prononcer l’effacement du fichier du système d’information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Traversini en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce, par avance, à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle ou, à défaut, à Mme A... si le bénéfice de l’aide juridictionnelle n’était pas accordé.


Elle soutient que :

S’agissant du refus de titre de séjour :
- il est entaché d’un défaut de motivation ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 de code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour et du droit d’asile ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce qu’elle fait application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 octobre 2024 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Par un courrier du 27 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement du tribunal était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans est fondée sur l’article L. 612-6 du CESEDA, qui constitue une base légale erronée, à laquelle il y a lieu de substituer d’office l’article L. 612-8 du même code.

Par un mémoire, enregistré le 31 janvier 2025, Mme A... a présenté des observations sur le moyen d’ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sorin, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Traversini, représentant Mme A....

Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante albanaise née le 27 octobre 2005, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes, la délivrance d’un titre de séjour. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l’insuffisance de motivation :

2. L’arrêté du 25 juin 2024 comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il précise les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de la requérante, en mentionnant notamment qu’elle est célibataire et sans enfant, que ses parents sont en situation irrégulière, qu’elle ne justifie pas de l’intensité de ses liens en France et qu’elle n’établit pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut du défaut de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de l’intéressée. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme A... ne peut utilement soutenir que l’arrêté litigieux aurait méconnu les dispositions l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle ne démontre pas avoir sollicité un titre de séjour sur ce fondement.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».

6. En l’espèce, les circonstances dont se prévaut la requérante, à savoir la durée de son séjour, la présence en France de ses parents, qui sont au demeurant en situation irrégulière, et de ses sœurs, et la poursuite de sa scolarité depuis 5 ans, ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

8. En l’espèce, Mme A... soutient avoir fixé en France le centre de sa vie privée et familiale, notamment au motif que ses parents et ses deux sœurs mineurs résident sur le territoire national. Toutefois, alors qu’il n’est pas démontré que ses parents disposeraient d’un titre de séjour valide, la requérante ne peut se prévaloir de leur présence pour établir qu’elle a le centre de sa vie familiale en France, la cellule famille pouvant eu égard à l’irrégularité de la situation de ses membres, se recomposer en Albanie. Par ailleurs, s’il est constant que l’intéressée a été scolarisée en France de 2019 à 2024, qu’elle a obtenu un CAP fleuriste ainsi qu’un CAP esthétique et qu’elle a effectué plusieurs stages dans le cadre de sa formation, ces circonstances ne sauraient suffire à caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet des Alpes-Maritimes n’a pas entaché l’arrêté attaqué d’une erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n’est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision subséquente portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu’être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l’articles L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ».

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, le moyen tiré de la méconnaissance des ces dispositions doit être écarté.


En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

13. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». Aux termes de l’article L. 612-8 du même code : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / (…). ».

14. Le préfet des Alpes-Maritimes dans l’arrêté contesté cite explicitement les dispositions de l’article L. 612-6 et considère qu’aucune circonstance humanitaire n’empêche que la requérante soit interdite de retour sur le territoire français, celle-ci ne justifiant pas « de ses liens sur le territoire français ». Or, les dispositions de l’article L. 612-6 s’appliquent lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, ce qui n’est pas le cas de Mme A.... La décision d’interdiction de retour est donc fondée sur une base légale erronée.

15. Toutefois, lorsque le juge administratif constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée et sur lequel s’est fondée l’autorité administrative, il peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder soit à la demande des parties soit de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce dernier cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

16. Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qu’elles peuvent être substituées à celles de l’article
L. 612-6 du même code sur lesquelles l’autorité administrative a fondé initialement sa décision, dès lors qu’elles ont le même objet, que l’autorité administrative dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’une ou l’autre de ces dispositions et que cette substitution de base légale n’a pour effet de priver la requérante d’une garantie.

17. En deuxième lieu, dès lors que la décision n’a pas pour fondement légal l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-10 du même code doit être écarté.

18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été indiqué aux points 6 et 8, que les moyens tirés de ce que la décision contestée portant interdiction de retour pour une durée d’un an méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et apparaît entachée d’erreur d’appréciation doivent être écartés.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A... doit être rejetée dans l’ensemble de ses conclusions y compris celles à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A..., à Me Traversini et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,
Mme Sorin, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2025.



La rapporteure Le Président

signé
signé

G. SORIN

G. THOBATY




Le greffier


signé

A. BAAZIZ

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.


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