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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404004

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404004

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M d'IZARN de VILLEFORT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. C, ressortissant afghan, contestant l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2024 lui refusant une attestation de demande d'asile, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant que la signataire disposait d'une délégation régulière et que l'arrêté était suffisamment motivé. Il a également considéré que l'obligation de quitter le territoire était légalement fondée sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C ayant été définitivement débouté de sa demande d'asile. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ont été rejetés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou de lui délivrer une autorisation de séjour dans le cadre de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- le refus de séjour au titre de l'asile est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort, président, en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort ;

- et les observations de Me Lestrade pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 5 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. C, ressortissant afghan, une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de délivrer une attestation de demande d'asile :

2. Par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 du même jour, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à Mme B D, signataire de l'arrêté contesté, adjointe à la cheffe de bureau des examens spécialisés à la préfecture des Alpes-Maritimes, à l'effet de signer " les refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile en vertu des décisions défavorables de l'OFPRA et de la CNDA ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué pour refuser la délivrance d'une attestation de demande d'asile manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la demande de réexamen de la demande d'asile déposée par le requérant a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision de ne pas délivrer une attestation de demande d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui, selon les mentions non contestées figurant sur l'arrêté attaqué, a déclaré être entré en France irrégulièrement le 22 février 2020, a été débouté du droit d'asile par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 septembre 2022, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 novembre 2022. Ses demandes de réexamen enregistrées les 13 décembre 2023 et 5 février 2024 ont été rejetées pour irrecevabilité les 24 mars 2023 et 24 avril 2024. Par suite, il se trouvait dans la situation prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué pour édicter l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ".

8. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que le requérant a déclaré être entré irrégulièrement en France. Après avoir visé les éléments figurant au dossier du requérant, relatifs à sa situation au regard du droit d'asile, il indique en quoi ces stipulations ne sont pas méconnues. Il constate également que le séjour irrégulier de l'intéressé et l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français justifient qu'il soit obligé de quitter le territoire. Ainsi, cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour notifier à M. C une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, alors même que l'arrêté ne donne pas le détail de l'ensemble des éléments de fait qui caractérisent la situation particulière de l'intéressé, sa motivation, en tant notamment qu'elle concerne l'obligation de quitter le territoire français, est régulière et ne révèle pas un examen insuffisant de cette situation.

9. En quatrième lieu, M. C, né le 1er janvier 1991, entré irrégulièrement en France selon ses déclarations le 22 février 2020, a été débouté définitivement du droit d'asile. Il ne fait pas état d'une vie familiale en France et ne justifie d'aucun élément en rapport avec une insertion quelle qu'elle soit. Il ne démontre, ni même n'allègue, qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de l'obligation de quitter le territoire contestée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué pour fixer le pays de destination à la suite de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.

11. L'arrêté attaqué comporte une motivation suffisante de la décision fixant le pays de destination dans la mesure où il considère, après analyse, que le requérant ne serait pas exposé à des risques en cas de renvoi dans son pays d'origine, au regard de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

12. Enfin, M. C a été débouté du droit d'asile après une première demande et deux demandes de réexamen. Les documents qu'il produit ne démontrent pas qu'il serait personnellement exposé à des risques sérieux de persécutions ou de traitements inhumains et dégradants en raison de son appartenance ethnique hazara en cas d'éloignement vers l'Afghanistan. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut donc être accueilli.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera faite au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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