mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2404083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LACROUTS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juillet, 9 août et 11 août 2024, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A ", représenté par Me Jobelot, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 6 mai 2024 par laquelle le maire de la commune de Beaulieu-sur Mer a autorisé à titre dérogatoire l'ouverture tardive de l'établissement Circé, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Beaulieu-sur-Mer une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le Syndicat des copropriétaires soutient :
- Que la condition d'urgence est remplie en raison de la durée de validité de l'arrêté attaqué et du caractère manifestement illégal des troubles occasionnés par l'ouverture tardive de l'établissement en cause ;
- Qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que :
o il n'est pas justifié d'une transmission de l'arrêté querellé au représentant de l'Etat dans le département ;
o aux termes des dispositions de l'arrêté n° 2015-96 en date du 30 janvier 2015 du Préfet des Alpes Maritimes, le maire ne pouvait renouveler la dérogation d'ouverture tardive sans s'assurer au préalable que l'établissement ne troublait pas l'ordre et la tranquillité publics ; or au cas d'espèce, par une ordonnance en date du 4 novembre 2022, confirmé par un arrêt en date du 23 novembre 2023 de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, le juge des référés du tribunal judiciaire de Nice a considéré que l'exploitation de l'établissement Circé générait des nuisances sonores constitutives d'un trouble manifestement illicite et condamné en conséquence, sous astreinte, la SAS Circé à cesser de manière immédiate ses nuisances sonores ; les nuisances sonores sont dument attestées par les mesures réalisées par une société spécialisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, la commune de Beaulieu-sur-Mer conclut au rejet de la requête et à la condamnation du syndicat des copropriétaires de L'immeuble I " A " à lui verser la somme de 2500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; les nuisances sonores ne sont pas démontrées ; face à trois copropriétaires mitoyens qui se plaignent de prétendues nuisances sonores non démontrées, il y a un fort intérêt public à permettre la continuité de l'exploitation d'un établissement de prestige dans une commune balnéaire telle que Beaulieu-sur-Mer ; aucune plainte pour tapage nocturne n'a été enregistrée ;
- les rapports acoustiques produits par le syndicat de copropriétaires requérant ne sont pas contradictoires ni scientifiquement fondés et ne permettent pas d'établir la réalité des nuisances ; la société acoustique fait référence à l'arrêté du 15 décembre 1998 pris en application du décret n° 98-1143 du 15 décembre 1998 relatif aux prescriptions applicables aux établissements ou locaux recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée, alors que ce texte a été abrogé le 27 avril 2023 ; il n'est pas prouvé que l'établissement Circé diffuse " à titre habituel " de la musique amplifiée ; les mesures effectuées sont imprécises et partiales ;
- les mesures de niveau sonore dont se prévaut le syndicat requérant ont été prises à l'intérieur de lots privatifs, et nullement au niveau des parties communes alors que le syndicat des copropriétaires " a pour objet la conservation et l'amélioration de l'immeuble ainsi que l'administration des parties communes " ;
Sur l'absence de moyen sérieux :
- le moyen tenant à l'absence de transmission de l'arrêté attaqué au préfet des Alpes-Maritimes est inopérant ;
- les moyens soulevés par le requérant s'appuient sur éléments de preuves versés à la procédure par le syndicat concernent des faits antérieurs à l'édiction de l'arrêté dont la suspension est demandée et sont donc inopérants ; l'étude acoustique discutable, réalisée par une personne non assermentée et apointée par le syndicat requérant ; elle n'est pas démonstrative, et ne caractérise nullement un trouble à l'ordre public au niveau des parties communes qui sont sous la garde du syndicat des copropriétaires ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, société Circé conclut au rejet de la requête et à la condamnation du syndicat des copropriétaires de L'immeuble I " A " à lui verser la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- aucun trouble anormal du voisinage ne peut lui être reproché ; seuls quelques copropriétaires du Bristol I, se plaignent de prétendus troubles et s'étaient opposés à la conclusion d'un bail au bénéfice de la société CIRCE, de la même manière qu'ils sont systématiquement opposés à la commune sur tous les projets qu'elle a pu entretenir pour l'exploitation de la Rotonde, local qui abrite l'établissement Circé ; la société Circé est victime collatérale d'une animosité vis-à-vis du maire de la commune de la part d'un membre du conseil syndical du Bristol I ;
- le préfet des Alpes-Maritimes avait octroyé une autorisation d'ouverture exceptionnelle jusqu'à 4 h du matin afin que puissent se tenir les soirées des 7 et 21 juillet 2022 ce qui démontre l'absence de nuisances sonores ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- elle a tenté de mettre en œuvre une entente amiable avec les copropriétaires requérants ;
- elle a mise en œuvre des éléments correctifs ; notamment le 4 août 2022, un limiteur de niveau sonore ainsi qu'un capteur de pression acoustique, afin de conformer les émergences sonores potentielles au décret 2017-1244 du 7 août 2017 ;
- seule une expertise contradictoire permettrait d'établir la réalité des troubles ce qui n'est pas le cas au dossier ;
- les rapports acoustique produits par le syndicat de copropriétaires requérant sont erronés, dénués de fiabilité, non contradictoire et scientifiquement inacceptables ; compte tenu de l'environnement proche (casino, boîte de nuit, gare des trains) il est strictement impossible d'affirmer sans nul doute que les émergences sonores mesurées proviennent bien du Circé ; aucune mesure n'a été réalisée dans des conditions similaires lorsque l'établissement est fermé, ce qui aurait permis avec certitude d'attester du véritable bruit résiduel entourant l'établissement et la copropriété ;
- aucune plainte récente pour tapage nocturne n'a été déposée en raison des nuisances ; la société Circé exploite une activité de restauration traditionnelle, en organisant des dîners à thème et non une boîte de nuit ;
- une suspension de l'arrêté attaqué la conduirait à la faillite et porterait atteinte à la liberté d'entreprendre.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle Syndicat des copropriétaires de l'immeuble i dit " A " demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Razan, greffière d'audience, M. Soli a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Drouet, pour le syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A " ;
- Me Lacrouts, pour la commune de Beaulieu-sur-Mer ;
- Me Miguel, pour la société SAS Circé.
La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience ;
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A " demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté n° 240504 du 06 mai 2024 par lequel le maire de la commune de Beaulieu-sur-Mer a décidé à titre dérogatoire d'autoriser l'ouverture tardive de l'établissement de dîner-spectacle exploité par la SAS " Circé ".
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Le Syndicat des copropriétaires de l'immeuble requérant justifie de l'existence d'une situation d'urgence dès lors que, d'une part, les nuisances sonores occasionnées par le fonctionnement de l'établissement " Circé " constituent des troubles de voisinage manifestement illicites qui préjudicient de manière suffisamment grave et immédiate aux intérêts des copropriétaires qu'il représente et que, d'autre part, malgré la décision du 4 novembre 2022 du juge des référés du tribunal judiciaire de Nice, confirmée par un arrêt en date du 23 novembre 2023 de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, établissant le caractère manifestement illégal des troubles du voisinage en cause, la commune de Beaulieu-sur-Mer, propriétaire du local, a, chaque année, renouvelé l'autorisation d'ouverture tardive au bénéfice de son locataire, la société Circé.
5. L'arrêté préfectoral n° 2015-96 du 30 janvier 2015 portant règlement général de police des débits de boissons dans le département des Alpes-Maritimes, pris notamment en application des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, prévoit dans son article premier les horaires de fermeture des établissements et dans son article deuxième la possibilité, pour le maire, à titre dérogatoire, d'autoriser ces établissements à rester ouverts jusqu'à 2h30 du matin, dès lors qu'il s'est assuré au préalable " que les établissements concernés sont de bonne tenue et respectent l'ordre et la tranquillité publics ".
6. En l'état de l'instruction le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté préfectoral du 30 janvier 2015 est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée en ce que, en l'état de l'instruction, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Beaulieu-sur-Mer a accordé, à son locataire, l'autorisation d'ouverture tardive alors que la société Circé avait fait l'objet d'une condamnation pour trouble du voisinage manifestement illicite en raison des nuisances sonores ce qui porte atteinte au respect de la tranquillité publique.
7. La circonstance tenant au risque pour l'équilibre financier de la société Circé, en cas de suspension de l'autorisation d'ouverture tardive contestée est sans effet sur le caractère sérieux du moyen tenant à la méconnaissance de l'arrêté préfectoral du 30 janvier 2015.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
9. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune de Beaulieu-sur-Mer et de la société Circé dirigées contre le syndicat des copropriétaires de l'immeuble I " A " qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.
10. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beaulieu-sur-Mer la somme de 1000 euros en application desdites dispositions au titre des frais exposés par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A " et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Beaulieu-sur-Mer en date du 6 mai 2024 autorisant à titre dérogatoire l'ouverture tardive de l'établissement exploité par la SAS " Circé " est suspendue.
Article 2 : La commune de Beaulieu-sur-Mer versera la somme de 1000 euros au syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A " sis à Beaulieu-sur-Mer en application desdites dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Beaulieu-sur-Mer et de la société Circé présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat des copropriétaires de l'immeuble I dit " A " sis à Beaulieu-sur-Mer, à la Commune de Beaulieu sur mer et à la sociétés Circé.
Fait à Nice, le 13 août 2024.
Le juge des référés,
signé
P. SOLI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
P/Le greffier en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026