jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2404092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Hmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une attestation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête du fait de sa tardiveté et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Par une ordonnance du 24 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 septembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président-rapporteur a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :
- le rapport de M. Taormina, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Hmad, représentant Mme A B épouse C, le préfet des Alpes-Maritimes ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, aux termes de aux dispositions de l'article L.434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ". Et aux termes de l'articles L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C, ressortissante tunisienne née le 9 octobre 1982, et son époux peuvent se prévaloir des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le regroupement familial. En estimant que la requérante entrerait dans les dispositions du regroupement familial, tout en procédant à une analyse de la demande de titre de séjour au regard de l'article L. 435-1 du même code, lequel constituait le fondement de sa demande, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur de droit et le moyen en ce sens doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
4. Mme B épouse C est arrivée sur le territoire français en 2018 afin de rejoindre son époux, qui est titulaire d'une carte de résident, et avec lequel elle est mariée depuis 2012. Ce dernier souffre d'un handicap depuis un accident de la circulation et perçoit l'allocation de travailleur handicapé. Le couple n'a pas d'enfant. La requérante bénéficie d'une promesse d'embauche datant de mars 2024 pour un emploi en tant qu'agent polyvalent. Il convient toutefois de relever qu'aucun document n'est fourni pour l'année 2021. De plus, hormis quelques attestations médicales délivrées à la requérante et ne revêtant pas un caractère probant suffisant, la plupart des pièces versées au dossier concernent son époux. Par suite, il ressort que Mme B épouse C n'établit pas une présence stable et continue sur le territoire depuis 2018. Par ailleurs, si elle se prévaut d'une communauté de vie avec son époux, cette seule circonstance ne peut suffire à regarder Mme B épouse C comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. En troisième lieu, et pour les mêmes raisons qu'au point précédent, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que Mme B épouse C ne justifiait pas de manière probante l'ancienneté et le caractère habituel de son séjour. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
7. Mme A B, épouse C, qui n'a pas d'enfant, ne peut invoquer utilement les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En cinquième et dernier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tenant à l'illégalité de celle-ci doit être rejeté.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
M. Bulit, conseiller,
M. Garcia, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le président-rapporteur,L'assesseur le plus âgé,
signésigné
G. Taormina J. Bulit
La greffière,
signé
S. Genovese
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N°2404092
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