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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404097

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404097

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFURIO-FRISCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme B visant à suspendre la décision du sous-préfet de Grasse du 22 avril 2024 autorisant le concours de la force publique pour son expulsion. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie et qu'aucun moyen soulevé n'était de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. La requête a été rejetée, et la demande de la société CDC Habitat Social au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet et 11 août 2024, Mme C B, représentée par Me Kovaleff, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 22 avril 2024, du sous-préfet de l'arrondissement de Grasse ayant autorisé le concours de la force publique afin de procéder à son expulsion du logement qu'elle occupe 693, chemin des 4 Chemins à Antibes à compter du 16 août 2024, et ce jusqu'à ce qu'ils soient relogés par la préfecture des Alpes-Maritimes dans les conditions décrites par l'ordonnance de référé du tribunal administratif de Nice du 27 mai 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à verser à Me Kovaleff.

La requérante soutient :

- la condition d'urgence est en l'espèce constituée ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est en l'espèce remplie dès lors :

- que l'administration ne justifie pas de la compétence du signataire ;

- que la décision est insuffisamment motivée ;

- que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard notamment de sa situation de personne handicapée à 79% disposant de faibles ressources financières et vivant avec sa fille de 24 ans qui présente des difficultés de santé ; qu'elle connaît elle-même des problèmes de santé récents ; que CDC Habitat social fait preuve de mauvaise foi ; qu'étant en procédure de surendettement, aucun bailleur social ne veut accepter son dossier pour un nouveau logement ; qu'elle ne peut qu'attendre la fin de ladite procédure le 14 novembre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- La décision attaquée n'est entachée d'aucun doute sérieux quant à sa légalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, la société CDC Habitat Social, représentée par Me Furio-Frish, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société CDC Habitat Social soutient que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- La décision attaquée n'est entachée d'aucun doute sérieux quant à sa légalité.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des procédures civiles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Razan, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Kovaleff, pour Mme B, qui reprend les moyens développés dans ses écritures et conclut en outre au rejet des demandes de CDC Habitat Social au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

- de Me Furio-Frisch qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Mme C B, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner, la suspension de la décision du 22 avril 2024, du sous-préfet de l'arrondissement de Grasse ayant autorisé le concours de la force publique afin de procéder à son expulsion du logement qu'elle occupe 693 chemin des 4 Chemins à Antibes à compter du 16 août 2024.

3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 dudit code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. ". Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonnée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la requérante à l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de la décision attaquée n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions concernant les frais liés au litige doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

6. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la requérante dirigées contre l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

7. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 500 euros en application desdites dispositions au titre des frais exposés par la société CDC Habitat Social et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la société CDC Habitat Social la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la société HLM CDC Habitat Social.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 13 août 2024.

Le juge des référés,

signé

P. A

La République mande et ordonne à la ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/ Le greffier en chef,

Le greffier

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