mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2404249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.Myara |
| Avocat requérant | ALMAIRAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et les pièces complémentaires enregistrées le 29 juillet 2024 et le 20 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Almairac demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 3 juillet 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et la décision de renvoi vers le pays dont il possède la nationalité ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne porte aucune atteinte à l'ordre public ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'un délai de départ volontaire lui a été accordé ; elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 :
- le rapport de M. Myara, magistrat désigné,
- et les observations de Me Begon, substituant Me Almairac, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 2 avril 2004, de nationalité turque, a fait l'objet d'un arrêté du 3 juillet 2024, notifié le 17 juillet 2024, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours en fixant le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Alpes-Maritimes n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Il ressort de cette motivation qui comporte les considérations de droit, que M. A est entré sur le territoire français le 15 janvier 2023, qu'il a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile qui a été rejeté par une décision de l'Office français de protection de réfugiés et des apatrides (OFPRA) en date du 21 février 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 janvier 2024. Si le requérant se prévaut de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, il ne justifie pas avoir déposé cette demande avant l'édiction de l'arrêté contesté, alors que l'attestation de réexamen n'a été délivrée que le 6 septembre 2024. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, du défaut d'examen réel et sérieux et de l'erreur de fait, doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ". Aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure (). ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer une attestation de réexamen de sa demande d'asile en procédure accélérée le 6 septembre 2024, valable jusqu'au 5 mars 2025. Cette circonstance est seulement de nature à faire obstacle à l'exécution de la décision contestée l'obligeant à quitter le territoire français et est sans incidence sur la légalité de cette même décision au regard des stipulations de la convention de Genève et de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, si la décision attaquée vise de manière superfétatoire les articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance est sans incidence sur sa légalité dès lors que le préfet n'a pas fait application de ces dispositions au cas du requérant. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit et privée de base légale.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A de nationalité turque déclare être entré en France le 15 janvier 2023, dans des circonstances indéterminées. Sa présence en France demeure est dès lors très récente. Si le requérant, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence en France de son cousin M. B A, qui bénéficie de la protection internationale, cette seule circonstance ne suffit pas à le regarder comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. S'il se prévaut d'une nouvelle attestation de demande d'asile délivrée le 6 septembre 2024, cet élément au demeurant postérieur à la décision contestée est sans incidence sur sa légalité. Enfin, il ne justifie pas davantage de sa présence continue sur le territoire français et d'une intégration professionnelle ou sociale particulière. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être admis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".
13. M. A fait valoir qu'il encourt des risques personnels pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, en particulier du " suivi " pour désertion dont il fait l'objet depuis le 11 janvier 2024 et du mandat d'arrêt et de perquisition dont il ferait également l'objet depuis le 22 février 2024 en raison de son engagement en faveur du peuple kurde, soit postérieurement au rejet définitif de sa demande d'asile. Le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations ni de pièces établissant le rejet de la demande de réexamen et les documents dont fait état le requérant, établissent l'existence de circonstances nouvelles faisant obstacle à l'éloignement de M. A à destination de la Turquie. En revanche, la décision attaquée décide qu'il sera éloigné à destination de " tout autre pays où il établit être légalement admissible " sans déterminer ces autres pays à destination desquels il est susceptible d'être éloigné. De plus, la fixation d'un pays de renvoi qui ne serait pas celui de la nationalité de l'étranger ou de celui pour lequel il disposerait d'un document de voyage n'est possible qu'en cas d'accord de l'intéressé, dès lors qu'il justifie lui-même être légalement admissible dans cet Etat. Or, le requérant ne s'est pas prévalu de ce qu'il serait légalement admissible dans un autre Etat que la Turquie. Il s'ensuit que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée seulement en tant qu'elle fixe comme pays de renvoi, le pays dont le requérant a la nationalité.
14. Il résulte de ce qui précède que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée partiellement.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 3 juillet 2024 doit être annulé en tant que la décision fixant le pays de destination, fixe le pays dont le requérant a la nationalité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Eu égard à l'annulation prononcée, le présent jugement implique seulement que le préfet des Alpes-Maritimes réexamine la décision fixant le pays de renvoi après le réexamen de la demande d'asile du requérant, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du requérant présentée au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 3 juillet 2024 est annulé en tant qu'il fixe comme pays de destination, le pays dont le requérant possède la nationalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la décision fixant le pays de renvoi après le réexamen de la demande d'asile de M. A.
Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Almairac.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. Myara La greffière,
signé
H. Diaw
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier
N°2404249
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026