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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404263

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404263

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.COMBOT
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 29 juillet 2024 prolongeant de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision ne méconnaissait ni les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et qu'elle n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de la prolongation de l'interdiction de retour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 31 juillet et 2 août 2024, M. C A, représenté par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris au terme d'une consultation irrégulière du fichier de traitement des antécédents judiciaires conformément à l'article R 40-29 du code de procédure pénale en ce que le préfet n'a pas procédé aux vérifications auprès des forces de l'ordre ou du procureur de la République ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est disproportionné en ce qu'il porte à quatre ans la durée de totale de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Combot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2024 :

- le rapport de M. Combot, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Dridi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et précise que l'audition de M. A intervenue du 25 février 2023 dont le compte-rendu est au format numérique ne peut pas être prise en compte en l'absence de l'attestation de conformité de son authenticité ;

- et les observations de M. A, assisté de Mme D interprète en langue arabe, qui indique vouloir une chance et exprime sa volonté de quitter la France pour un autre pays de l'Union européenne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 6 décembre 1995 et de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont il fait l'objet.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 25 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français dont l'intéressé ne conteste pas ne pas avoir exécuté ainsi qu'une interdiction de retourner sur le territoire français de deux ans. Par ailleurs, le requérant ayant fait l'objet d'une nouvelle condamnation par le tribunal correctionnel de Grasse du 1er mars 2024 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, le préfet des Alpes-Maritimes a, par l'arrêté litigieux, prolongé de deux années l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prononcée la portant ainsi à une durée totale de quatre ans. Toutefois, aussi regrettable que cette nouvelle condamnation soit, il ressort des pièces du dossier que M. A est marié, depuis le 21 mai 2022, avec Mme B, de nationalité française, et qu'il produit des documents qui, par leur nombre et leur objet, sont de nature à établir que les époux partagent effectivement leur vie commune depuis au moins le mois de juin 2022. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir que la décision litigieuse portant prolongation de deux années de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet, est disproportionnée.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant au titre de ces frais.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 29 juillet 2024 est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Dridi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 2 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. CombotLa greffière,

signé

A. Bahmed

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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