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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404285

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404285

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTAMISIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, Mme D A, représentée par Me Tamisier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour pour soin médicaux, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

4°) de condamner le préfet des Alpes-Maritimes aux entiers dépens.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée :

- d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- d'une insuffisance de motivation ;

- d'un vice de procédure en ce que l'avis du collège des médecins de l'OFII ne lui a pas été communiqué et qu'elle n'a pu dès lors vérifier si le médecin qui a établi le rapport avait siégé au sein du collège ;

- d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 16 janvier 2025 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- et les observations de Me Tamisier, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante comorienne née le 24 août 1996, a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès du préfet des Alpes-Maritimes. Elle demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme B C, directrice adjointe de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2024-405 du 26 mars 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 77-2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions portant refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles se fondent les décisions qu'il contient, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne en outre les éléments de fait propres à la situation personnelle de Mme A, en énonçant notamment les conditions de son entrée et de son séjour en France ainsi que sa situation familiale. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Et aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

5. La requérante soutient que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en raison du défaut de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), de sorte qu'elle n'a pas été mis en mesure de vérifier la régularité de la procédure. Toutefois, d'une part, aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe du droit n'impose au préfet de communiquer à la requérante l'avis du collège de médecins de l'OFII. D'autre part, si la requérante entend contester le sens de cet avis, il appartient à elle seule de lever le secret relatif aux informations médicales qui la concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication. Or, la requérante n'établit pas avoir levé le secret médical. Par suite, le moyen susmentionné ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Pour refuser d'admettre au séjour pour raison médicale Mme A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 16 avril 2024, qui indique que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si la requérante soutient qu'un arrêt des traitements aurait pour elle des conséquences d'une extrême gravité, elle ne fournit aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations, les éléments médicaux produits ne faisant pas état d'une situation de gravité ou d'urgence. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en septembre 2018 en France métropolitaine, qu'elle est célibataire et sans charge de famille, et qu'elle n'exerce en outre aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance alléguée qu'elle aurait vécu à Mayotte préalablement à son entrée en France métropolitaine en 2018, elle n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que les décisions litigieuses auraient porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que le préfet aurait ainsi méconnu les stipulations précitées.

10. Enfin en dernier lieu, la requérante n'est pas fondée, pour les motifs précédemment exposés, à soutenir que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requérante à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées en ce sens par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet des Alpes- Maritimes.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, premier conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2025.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

signésigné

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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