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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404816

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404816

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMLIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2024 et le 2 décembre 2024, M. A C, représenté par Me Mlik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des frais liés à l'instance.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au titre de la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soli ;

- et les observations de Me Mlik représentant M. C.B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 30 juillet 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à M. C, ressortissant tunisien né le 9 avril 2001, de quitter le territoire, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme B D, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers, dont les obligations de quitter le territoire et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. C et notamment que le préfet entend lui faire obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans entamer de démarches pour régulariser sa situation depuis son entrée sur le territoire en 2020, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France compte tenu, notamment, de son absence de contrat de travail et de liens effectifs avec l'enfant qu'il déclare avoir eu en 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que sa méconnaissance par une autorité d'un Etat membre ne peut, dès lors, être utilement invoquée. Il en va différemment, en revanche, de la méconnaissance du droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition, qu'avant l'édiction de la décision attaquée, M. C a été entendu par les services de police sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire français, notamment sur sa situation administrative, sur une éventuelle demande visant à régulariser sa situation, ainsi que sur sa situation familiale et professionnelle, qu'il a été mis à même de présenter ses observations, et qu'il a pu ainsi, à cette occasion, en compagnie de son avocat, faire valoir de manière utile et effective son point de vue sur l'irrégularité de son séjour. En tout état de cause, il ne fait état d'aucun élément qu'il aurait pu faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu préalablement à l'adoption de la mesure d'éloignement et ce moyen doit être écarté.

6. Il est constant que le requérant est entré irrégulièrement en France, qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie où il dispose d'attaches familiales et qu'il ne démontre pas le sérieux, la stabilité et l'ancienneté de sa relation avec son fils et sa mère, dès lors qu'il déclare être hébergé par plusieurs personnes différentes. Par ailleurs, il est également constant que le requérant n'a pas entrepris de démarches pour régulariser sa situation depuis 2020, et qu'il ne justifie d'aucun élément de nature à établir la réalité de ses liens personnels et familiaux avec la France. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français a été prise par le préfet au regard du trouble à l'ordre public que le requérant représente du fait des nombreuses infractions pénales qui ont été constatées à son endroit. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Si le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il ressort pour les mêmes motifs que ceux exposés au paragraphe 6, que ce moyen doit être rejeté.

10. Par ailleurs, M. C, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, de nature à faire obstacle à l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 30 juillet 2024. Par suite, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le président-rapporteur,

signé

P. SOLI

L'assesseure la plus ancienne,

signé

D. GAZEAU La greffière,

signé

B.P . ANTOINE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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