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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2404834

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2404834

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2404834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantTADJER MAXIME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 août 2024 et le 4 septembre 2024, M. B D retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Tadjer demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est manifestement disproportionnée ;

- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique de l'espace Schengen ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :

- le rapport de M. Ringeval, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Tadjer, avocat commis d'office, représentant le requérant assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. D, ressortissant tunisien né le 29 juin 1982, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 28 août 2024 a été signé par Mme A C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, notamment les décisions d'éloignement ainsi que celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contenant les décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

4. En l'espèce, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit sur laquelle elle se fonde. En particulier, elle vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français et que son comportement constitue, au regard de la condamnation dont il a fait l'objet, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions et dès lors que la régularité de la motivation de la décision litigieuse ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 423-23 de ce même code, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle n'a ni pour objet ni pour effet de rejeter une quelconque demande de titre de séjour qui aurait été présentée par l'intéressé. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, si M. D soutient être entré régulièrement sur le territoire français en 2012, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir qu'il séjourne habituellement en France depuis cette date. En revanche, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national en dépit de trois mesures d'éloignement édictées en 2015, 2018 et 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse, ressortissante tunisienne, est en situation régulière sur le territoire national. Enfin il n'existe aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Tunisie, pays dont M. D et son épouse ont la nationalité et où il a conservé des attaches familiales. Dans ces circonstances, l'obligation de quitter le territoire français décidée à son encontre ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, alors même que ses deux enfants sont scolarisés en France. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

8. En premier lieu et à supposer comme le soutient le requérant qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public comme l'a retenu le préfet des Alpes-Maritimes dans l'arrêté attaqué pour justifier le prononcé de la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, il résulte de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs qu'il a retenus en application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir que M. D ne démontre pas avoir résidé habituellement en France depuis son arrivée sur le territoire, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il dispose de fortes attaches dans son pays d'origine comparativement à celles dont il déclare disposer en France, qu'il n'a pas exécuté les trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre et qu'il a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits d'agression sexuelle. Dans ces conditions, les moyens invoqués par le requérant tirés de ce que la décision en litige méconnaît les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'elle présente un caractère disproportionné, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public doivent, en tout état de cause, être écartés.

9. En deuxième et dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen du fait de son inscription dans le système d'information Schengen (SIS), cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette décision. Le moyen invoqué en ce sens doit alors être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D à l'encontre de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 28 août 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 4 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

B. RINGEVALLa greffière,

signé

M-C MASSE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

2404834

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