mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2404994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2024, M. B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
- de prononcer la suspension de la décision du 3 juillet 2024 par laquelle le président de l'université Côte d'Azur a rejeté sa demande de dérogation, présentée le 1er juillet 2024, pour son inscription en 3ème année de licence de droit, au titre de l'année universitaire 2024-2025 ;
- d'enjoindre à l'université de l'admettre à titre provisoire en 3ème année de licence de droit dans un délai de 8 jours ;
- de mettre à la charge de l'université Côte d'Azur la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'il est porté une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle ; cette décision met fin à son parcours d'étude ; elle est, compte tenu de son handicap, discriminatoire ; la campagne d'inscription pédagogique ne sera close qu'à la fin du mois de septembre ;
- la décision méconnaît l'article 2 de la convention internationale des personnes handicapées;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; son état de santé s'est aggravé au cours de la précédente année judiciaire ; il a justifié de toutes ses absences ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L.123-4-2, D 613-26, D 613-30, 2111-1 du code de l'éducation relatives aux adaptations et aménagement de la scolarité des étudiants en situation de handicap.
Par un mémoire, enregistré le 13 septembre 2024, l'université Cote d'Azur, représentée par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention internationale des personnes handicapées ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 à 14 h 00 :
- le rapport de Mme C;
- les observations orales de M. A qui reprend les moyens de sa requête et qui fait valoir que la dégradation de son état de santé lors de la précédente année universitaire et son handicap ne lui ont pas permis d'assister en cours en présentiel et de valider son année universitaire.
L'université Côte d'Azur n'était ni présente ni représentée à l'audience
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de prononcer la suspension de la décision du 3 juillet 2024 par laquelle le doyen de l'université Côte d'Azur a rejeté sa demande de dérogation, présentée le 1er juillet 2024, pour son inscription en 3ème année de licence de droit pour l'année universitaire 2024-2025, qui constituerait un second redoublement.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " .
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. () " . En vertu du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
S'agissant de l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. La décision en litige prive M. A de la possibilité de poursuivre ses études en licence de droit à l'université de Côte d'Azur alors qu'il est suivi pour sa pathologie dans le département. Il est constant que la rentrée universitaire en 3ème année n'est pas encore achevée et que les travaux dirigés n'ont pas débutés. Ainsi, la condition d'urgence doit être regardée comme se trouvant en l'espèce remplie alors même que M. A a attendu deux mois pour saisir le juge des référés.
S'agissant de l'existence d'un moyen sérieux :
6. Il est constant que M. A est atteint d'une affectionde longue durée et d'un handicap qui a donné lieu à l'octroi, par une décision du 19 septembre 2023 du président de l'université, d'un temps d'un tiers pour trois types d'épreuves suite aux préconisations du médecin de santé universitaire de l'université Côte d'Azur après expertise de sa situation de handicap. Le requérant produit plusieurs pièces médicales émanant d'un centre hospitalier et un bulletin d'hospitalisation de ce même établissement. La dégradation de l'état de santé du requérant, au cours de l'année universitaire 2023-2024 n'est pas contestée en défense.
7. Dans ces circonstances particulières, en refusant à M. A, compte tenu de sa situation d'handicap et de la dégradation de son état de santé au cours de l'année universitaire 2023-2024, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant de la décision du 3 juillet 2024 par laquelle le président de l'université Côte d'Azur a rejeté sa demande de dérogation, présentée le 1er juillet 2024, pour son inscription en 3ème année de licence de droit pour l' année universitaire 2024-2025 est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de la décision précitée du 3 juillet 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Il est enjoint à l'université Côte d'Azur d'inscrire à titre provisoire M. A en troisième année de licence de droit pour l'année universitaire 2024-2025 dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". M.A, qui n'est pas représenté par un avocat, n'établit pas avoir exposé des frais liés à cette instance. Les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 3 juillet 2024 par laquelle le doyen de l'université Côte d'Azur a rejeté la demande de dérogation de M. A, présentée le 1er juillet 2024, pour son inscription en 3ème année de licence de droit pour l'année universitaire 2024-2025 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à l'université Nice Côte d'Azur d'inscrire à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond, M. A en troisième année de licence de droit pour l'année universitaire 2024-2025 dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée à l'Université Côte d'Azur
Fait à Nice, le 17 septembre 2024.
La juge des référés
signé
V. C
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière.
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