jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat Mme BELGUECHE |
| Avocat requérant | COSCAT MADELINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, M. C A demande au tribunal :
1°) la communication, par le préfet, de son dossier ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative ;
4°) d'enjoindre au préfet du Var d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. A soutient que :
La décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile :
- est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
La décision portant maintien en rétention administrative :
- est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'un défaut de nécessité et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 à 14H00 :
- le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Coscat, représentant M. A, assisté de Mme B interprète en langue bambara, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'arrêté du 16 septembre 2024 n'est pas motivé ou ne l'est pas suffisamment et que le préfet ne fait pas état des risques encourus par M. A en cas de retour dans son pays d'origine ;
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant burkinabé né le 15 juin 2000, a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 20 mai 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée le 23 janvier 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 8 septembre 2024, M. A a été placé en rétention administrative où il a sollicité l'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2024, le préfet du Var a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la communication par le préfet du Var du dossier de M. A :
2. M. A demande la communication, par le préfet du Var, de son dossier. Toutefois, le préfet du Var ayant produit, le 14 octobre 2024, préalablement à la tenue de l'audience, les pièces relatives à la situation administrative de M. A, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant-dire droit, la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, auquel le préfet du Var avait donné délégation, par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 83-2024-069, pour signer tous actes et décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les textes dont le préfet du Var a fait application. En outre, cette même décision indique les éléments de faits sur lesquels le préfet du Var s'est fondé pour maintenir en rétention le requérant et, en particulier, le fait que ce dernier a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 20 mai 2022 du directeur général de l'OFPRA, confirmée le 23 janvier 2023 par la CNDA et qu'il n'a présenté une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement. En outre, si M. A soutient que le préfet ne fait pas état des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, il ressort toutefois de l'arrêté en litige que le préfet a indiqué que si M. A a déclaré craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il n'a toutefois fourni aucun élément nouveau à faire valoir auprès de l'OFPRA dans le cadre du réexamen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision ne serait pas motivée, ou qu'elle le serait insuffisamment, ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni des pièces du dossier que le préfet du Var se serait abstenu de procéder, comme il y est tenu, à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant maintien en rétention administrative :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. (). ". Le seul fait qu'un demandeur d'asile, au moment de l'introduction de sa demande, fasse l'objet d'une décision de retour et qu'il soit placé en rétention, ne permet pas de présumer, sans une appréciation au cas par cas de l'ensemble des circonstances pertinentes, que celui-ci a introduit cette demande dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la décision de retour et qu'il est objectivement nécessaire et proportionné de maintenir la mesure de rétention.
9. Pour prononcer le maintien en rétention de M. A, le préfet du Var a d'abord relevé que sa demande d'asile initiale a fait l'objet d'une décision de rejet de l'OFPRA le 20 mai 2022, confirmée le 23 janvier 2023 par la CNDA. Le préfet s'est ensuite fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé n'a présenté une nouvelle demande de réexamen " qu'après le prononcé à son encontre d'une mesure d'éloignement et son placement en rétention administrative " et de ce qu'il a déclaré craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine lors de son audition par les services de police, mais sans fournir d'élément nouveau à faire valoir auprès de l'OFPRA pour solliciter un réexamen de sa demande d'asile. Dès lors, le préfet a procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce sans se borner à se fonder sur le seul fait que la demande de réexamen a été présentée en rétention. Par conséquent, le requérant, qui a été placé en rétention le 8 septembre 2024 et qui a présenté une demande d'asile le 12 septembre 2024, alors qu'il était en rétention, ne saurait sérieusement soutenir qu'il n'a pas attendu d'être placé en rétention, ni même d'être soumis à une obligation de quitter le territoire français pour introduire une demande d'asile. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En deuxième lieu, M. A soutient que dans le cadre de la saisine des autorités consulaires du Burkina Faso, le préfet a transmis le procès-verbal d'audition dans lequel il a fait état de sa demande d'asile et de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Il estime ainsi que cette transmission augmente considérablement ses risques en cas de retour dans son pays d'origine et qu'elle constitue une violation de son droit d'asile. Il ne ressort pas, toutefois, des pièces du dossier que, d'une part, le contenu de ce procès-verbal serait de nature à accroitre le risque de persécutions auquel M. A serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine et que, d'autre part, cette communication serait de nature à augmenter de manière significative la probabilité qu'il puisse justifier des conditions requises pour prétendre à une protection. Par conséquent, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la demande de réexamen de M. A n'avait été introduite qu'en vue de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet.
11. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée le prive du droit à un recours suspensif contre une éventuelle décision de rejet de l'OFPRA, en méconnaissance des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette circonstance est inopérante à l'encontre de la légalité de l'arrêté ordonnant son maintien en rétention. Il suit de là que ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté comme tel.
12. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, saisi d'un recours contre une décision de maintien en rétention, de se prononcer sur les garanties de représentation de l'intéressé, lesquelles sont examinées par le juge des libertés et de la détention. Par suite, le moyen tiré de l'existence de garanties suffisantes de représentation doit être écarté comme inopérant. Au surplus, l'intéressé, qui ne dispose ni de documents de voyage en cours de validité ni d'un hébergement stable, n'établit pas bénéficier de garanties de représentation suffisantes.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par conséquent, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. A une somme au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Var
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
.
Lu en audience publique le 24 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
S. BELGUECHE
La greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026