lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme Moutry |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2405270, enregistrée le 20 septembre 2024, M. C D, représenté par Me Vazzana et Me Darras, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 413 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 613-1 du même code ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne lui permet pas de respecter son contrôle judiciaire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée eu égard à sa personnalité et à ses attaches sur le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête n° 2405445, enregistrée le 1er octobre 2024, M. C D, représenté par Me Vazzana et Me Darras, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 413 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision portant assignation à résidence méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français non définitive et entachée d'illégalité et qu'il est placé sous contrôle judiciaire.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 à 10 heures :
- le rapport de Mme Moutry,
- et les observations de Me Madeleine, substituant Me Darras et représentant M. D, ainsi que les observations de M. D qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que les requêtes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été présentée pour M. D le 13 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité sénégalaise, né en 1980, a fait l'objet d'un arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et d'un arrêté du 24 septembre 2024 portant assignation à résidence. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2405270 et 2405445 concernent le même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
En ce qui concerne l'arrêté du 19 septembre 2024 pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-936 du 9 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 209-2024 du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme A B, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers, dont les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée " et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. D et notamment que celui-ci s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de sa carte de séjour temporaire valable du 5 septembre 2022 au 4 septembre 2023, que s'il déclare dans son audition du 18 septembre 2024 avoir effectué des démarches en vue du renouvellement de son titre de séjour, aucune preuve atteste de cette démarche, qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il déclare être arrivé en France en 1984 à l'âge de 4 ans, qu'il est pacsé et père de 5 enfants dont aucun n'est à sa charge et qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Grasse le 20 mars 2024 à une peine de 3 ans d'emprisonnement pour des faits de détention d'équipement, instrument, programme informatique ou donnée conçu ou adapté pour la contrefaçon d'instrument de paiement, détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et escroquerie réalisée en bande organisée, le 11 juin 2014 à une peine de 3 ans d'emprisonnement pour des faits de recel habituel de biens provenant d'un délit, usage de fausse plaque ou fausse inscription apposée sur un véhicule à moteur ou remorqué et détention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et le 11 mai 2015 à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits d'importation non déclarée de marchandise prohibée. L'arrêté précise encore qu'il est défavorablement connu pour des faits de menace de mort avec ordre de remplir une condition, menace réitérée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable, violences aggravées par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours, recel de bien provenant d'un vol (x3), violence ayant entraîné une incapacité n'excédant pas 8 jours, importation non autorisée de stupéfiants commise en bande organisée, recel de bien provenant d'un vol en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime (x2), participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement (x2), recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement, blanchissement aggravé, escroquerie (x2), offre ou cession non autorisée de stupéfiants, recel de bien obtenu à l'aide d'une escroquerie, usage de fausse plaque ou fausse inscription apposée sur un véhicule à moteur ou remorqué, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, recel habituel de biens provenant d'un délit, obtention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, violence sans incapacité sur conjoint, dégradation ou détérioration du bien d'autrui aggravé par deux circonstances, importation non autorisée de stupéfiants (trafic), contrefaçon ou falsification de carte de paiement ou de retrait et vol en bande organisée de sorte que son comportement constitue une menace à l'ordre public. L'arrêté précise par ailleurs que compte-tenu des circonstances, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée aux droits, à la situation personnelle et à la vie familiale de l'intéressé qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, que M. D ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il se maintient de manière irrégulière sur le territoire depuis la fin de validité de sa carte de séjour temporaire le 4 septembre 2023, de sorte qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente mesure justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé. Enfin, l'arrêté attaqué précise qu'en l'absence de circonstances humanitaires, au regard de sa situation personnelle, des faits pour lesquels il est connu rappelés précédemment ainsi qu'au regard du fait qu'il a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits de recel d'abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans le système informatique de traitement de données et détention de stupéfiants, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est prononcée à son encontre. Dans ces conditions, alors même que ces motifs ne reprendraient pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, et alors que le préfet a bien précisé, contrairement à ce qui est soutenu, que M. D était entré en France à l'âge de 4 ans et qu'il était père de 5 enfants, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'un défaut de motivation ou d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
7. En l'espèce, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet a fait obligation à M. D de quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de sa carte de séjour temporaire valable du 5 septembre 2022 au 4 septembre 2023 et que s'il a déclaré, lors de son audition le 18 septembre 2024, avoir effectué des démarches pour le renouvellement de son titre de séjour, aucune preuve n'atteste de cette démarche. Ainsi, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celles de l'article L. 613-1 du même code dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre n'a pas été prise sur leur fondement. A cet égard, si le requérant soutient avoir entrepris des démarches, au mois de juin 2024, pour obtenir un titre de séjour, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
9. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des multiples condamnations dont il a fait l'objet ainsi que des nombreux faits pour lesquels il est défavorablement connu des services de police, que M. D constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions citées au point précédent. A cet égard, s'il fait valoir que les condamnations dont il a fait l'objet ont été prononcées en 2014 et 2015, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'un placement sous contrôle judiciaire le 23 mars 2023 dans le cadre d'une mise en examen pour recel habituel de véhicules provenant d'un délit, détention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, en l'espèce cinq certificats d'immatriculation provisoires, et refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie susceptible d'avoir été utilisé pour préparer, faciliter ou commettre un crime ou un délit et qu'il a fait l'objet d'un nouveau placement en garde à vue pour des faits de recel d'abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique de traitement de données et détention de stupéfiants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En cinquième lieu, le placement d'un étranger sous contrôle judiciaire, s'il fait obstacle à l'exécution d'une décision faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, est sans incidence sur la légalité d'une telle mesure. Si M. D fait valoir qu'il fait l'objet, à la date de la décision contestée, d'une mesure de placement sous contrôle judiciaire, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement et ne fait obstacle qu'à sa mise à exécution. M. D ne peut donc utilement invoquer cette circonstance à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
12. D'une part, l'arrêté en litige n'ayant pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si le requérant soutient qu'il est entré en France en 1984 à l'âge de 4 ans et être resté en France depuis, cette circonstance n'est établie par aucune pièce versée au dossier. S'il soutient être père de cinq enfants de nationalité française, les pièces versées au dossier permettent seulement d'établir qu'il a deux enfants de nationalité française, nés en 2000 et 2015. Alors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français précise qu'aucun de ses enfants n'est à sa charge, il ne ressort pas des pièces produites par le requérant, composées d'une seule attestation de la mère de son enfant né en 2015 précisant que " l'absence prolongée de son père pourrait avoir des répercussions importantes sur son bien-être tant affectif que matériel " et de quelques factures éparses que M. D contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs. Dans ses conditions, alors que l'intéressé ne justifie d'aucune activité professionnelle effective, et au regard de la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ce moyen doit être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
14. En l'espèce, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé ne pouvait présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il se maintenait de manière irrégulière sur le territoire depuis la fin de validité de sa carte de séjour temporaire valable du 5 septembre 2022 au 4 septembre 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces motifs seraient entachés d'une erreur de fait. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D est le père d'au moins deux enfants de nationalité française, dont l'un est mineur. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, il ne ressort toutefois pas de ces mêmes pièces qu'il n'aurait plus l'autorité parentale sur celui d'entre eux qui est encore mineur. Par ailleurs, il ressort de l'attestation produite par la mère de ce dernier qu'il entretient toujours des relations avec celui-ci. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en ce qu'elle a pour effet de l'empêcher de solliciter un visa pour rendre visite à ses enfants, et notamment à celui qui est encore mineur, est disproportionnée et doit être annulée pour cette raison.
En ce qui concerne l'arrêté du 24 septembre 2024 portant assignation à résidence :
17. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
18. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. D et notamment que celui-ci fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de cette obligation, qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et effectives propres à prévenir le risque de soustraction à l'exécution de l'obligation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
19. Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1°) L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
20. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité. D'autre part, il est constant qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. D.
21. Par ailleurs, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions des articles L. 731-1, L. 732-3 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
22. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'une mesure de contrôle judiciaire depuis le 23 mars 2023, que cette mesure emporte, notamment, pour l'intéressé, une interdiction de sortie du territoire français ainsi qu'une présentation hebdomadaire au commissariat de police de Nice. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 24 septembre 2024, qui fait obligation au requérant de se présenter deux fois par semaine, les mardis et vendredis, entre 9h et 12h au commissariat de police d'Antibes et qui lui interdit de s'absenter, même momentanément, du département des Alpes-Maritimes sans l'autorisation préalable des services préfectoraux, serait excessif ou incompatible avec les obligations de son contrôle judiciaire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que son placement sous contrôle judiciaire ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'assignation à résidence.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. L'exécution du présent jugement, qui n'emporte pas annulation de l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet M. D, n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation ni par suite, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 septembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. D est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. MOUTRYLa greffière,
signé
M-C. MASSE
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
2, 2405445
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026