mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405287 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Bernard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 15 mars 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il s'agit d'un renouvellement de titre de séjour, que son contrat de travail a été rompu et qu'elle ne dispose plus de ressources pour vivre et entretenir son enfant en bas âge né en février 2024 ;
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué : insuffisance de motivation, défaut d'examen sérieux de sa situation, méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête, les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplies.
Vu la requête, enregistrée sous le n°2404628 par laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 8 octobre 2024 à 10 heures, en présence de Mme Martin, greffière, M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, juge des référés, a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
2. Mme A B, ressortissante camerounaise née en 1985, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 15 mars 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, ainsi que d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
En ce qui concerne la condition relative à l'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, et d'une part, la requérante peut se prévaloir de la présomption d'urgence susmentionnée au point précédent, dès lors qu'il est constant qu'elle a formé une demande de renouvellement de titre de séjour pour raison de santé. D'autre part, elle soutient, et justifie, que son contrat de travail à durée indéterminée en qualité de femme de chambre a été rompu à l'initiative de l'employeur par décision de celui-ci en date du 16 août 2024 et que l'arrêté attaqué la place ainsi dans une situation très précaire, alors qu'elle vit seule avec un enfant en très bas âge. Dans ces circonstances, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué. Les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant cumulatives, il y a lieu, par suite et nonobstant la condition remplie relative à l'urgence, de rejeter les conclusions susmentionnées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formées par la requérante aux fins d'injonction ainsi qu'au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 8 octobre 2024
Le juge des référés,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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