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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405406

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405406

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405406
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de Mme A visant à suspendre la décision du préfet des Alpes-Maritimes accordant le concours de la force publique pour son expulsion. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée et qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, telle que le droit au logement ou la dignité humaine, n'était démontrée. La solution retenue s'appuie notamment sur les articles L. 153-1 et L. 153-2 du code des procédures civiles d'exécution, qui imposent à l'État de prêter son concours à l'exécution des décisions de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Metzker, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la décision du 17 septembre 2024, par laquelle le sous-préfet de Grasse pour le préfet des Alpes-Maritimes a accordé le concours de la force publique à compter du 3 octobre 2024 pour l'exécution d'un jugement d'expulsion de son logement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui accorder un délai raisonnable de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'une situation d'urgence dès lors qu'elle peut être expulsée de cet appartement qui est également occupé par sa mère, sa fille et sa petite fille ; leurs revenus leur permettent de rembourser en quelques mois la dette et d'assumer le loyer actuel ;

- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au logement, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de mener une vie familiale normale.

Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, le sous-préfet de Grasse, pour le préfet des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que ni la condition d'urgence ni l'atteinte à une liberté fondamentale ne sont démontrées.

- Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier-Aubert, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 :

- le rapport de Mme Chevalier-Aubert,

- les observations de Mme B A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la décision du 17 septembre 2024, par laquelle le sous-préfet de Grasse pour le préfet des Alpes-Maritimes a accordé le concours de la force publique à compter du 3 octobre 2024 pour l'exécution d'un jugement d'expulsion de son logement et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui accorder un délai raisonnable de six mois.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation () ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " Le commissaire de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.

4. Mme A occupe un logement social situé 293 avenue Général Garbay - Les Olivades - Bât. C - à Mandelieu- La-Napoule. Elle a signé le bail le 15 juin 2007 avec le bailleur social la "SA d'HLM ERILIA". Ce bail comprenait une clause résolutoire en cas de non-paiement. Par jugement du 26 juillet 2019 le tribunal de proximité de Cannes a ordonné l'expulsion de Mme A de son logement. Il est constant que la requérante ne s'était pas rendue à l'audience du tribunal de proximité de 2019 et que le commandement de quitter les lieux du 5 septembre 2019 est resté infructueux. Le concours de la force publique a été accordé le 29 juin 2020 pour une exécution à compter du 17 juillet 2020 mais n'a pas donné lieu à exécution. De 2020 à 2023, plusieurs enquêtes ont été diligentées par la gendarmerie, les services sociaux pour apprécier la situation sociale et financière de Mme A. La requérante fait valoir que le logement est occupé par sa mère, sa fille et sa petite fille, que le délai pour quitter les lieux est trop court et que leurs revenus cumulés leur permettent de rembourser sa dette et de payer le loyer. Toutefois, Mme A ne fait état d'aucune démarche en vue d'un relogement depuis le 5 septembre 2019 ou d'un règlement de sa dette cumulée de 8 692, 38 euros alors qu'elle sait être occupante sans droit ni titre depuis 2019 et allègue disposer de moyens suffisants pour régler cette dette et assumer la charge d'un loyer. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, ni la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ni celle tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale ne peuvent être regardées comme remplies. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et sous-préfet de l'arrondissement de Grasse.

Fait à Nice, le 1er octobre 2024.

La juge des référés,

signé

V. Chevalier-Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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