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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405413

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405413

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantMLIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2024 et le 9 octobre 2024, M. D B, représenté par Me Mlik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et il n'a pas été procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est fondé sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité (erreur manifeste d'appréciation au titre de la vie privée et familiale, non-respect du droit d'être entendu, défaut de motivation, méconnaissance de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales) ;

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire mais qui a produit des pièces le 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée.

Le préfet des Alpes-Maritimes et M. B n'étaient ni présents, ni représentés.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 28 août 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. D B, ressortissant nigérian né le 26 octobre 1991, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-750 du 1er juillet 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 156-2024 du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme A C, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer les actes en matière d'éloignement des étrangers, y compris les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. B et notamment qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de 30 jours, que le recours intenté contre cette mesure a été rejeté par le tribunal administratif, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans pouvoir démontrer avoir exécuter la décision d'éloignement prononcée à son encontre le 3 juillet 2023, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France compte tenu, notamment, de son entrée récente en France et qu'il est célibataire sans enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que sa méconnaissance par une autorité d'un Etat membre ne peut, dès lors, être utilement invoquée. Il en va différemment, en revanche, de la méconnaissance du droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition, qu'avant l'édiction de la décision attaquée, M. B a été entendu par les services de police sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire français, notamment sur sa situation administrative, sur une éventuelle demande visant à régulariser sa situation, ainsi que sur sa situation familiale et professionnelle, qu'il a été mis à même de présenter ses observations, et qu'il a pu ainsi, à cette occasion, faire valoir de manière utile et effective son point de vue sur l'irrégularité de son séjour. En tout état de cause, il ne fait état d'aucun élément qu'il aurait pu faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu préalablement à l'adoption de la mesure d'éloignement et ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle se fonde l'interdiction de retour sur le territoire français a été notifiée à l'adresse déclarée par le requérant le 10 juillet 2023 et que l'intéressé disposait d'un délai de 15 jours pour la contester. N'ayant introduit son recours que le 2 août 2023, celui-ci a été considéré comme tardif et donc irrecevable par jugement du présent tribunal du 10 octobre 2023. Par suite, M. B ne saurait utilement invoquer l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire du 3 juillet 2023, mesure individuelle devenue définitive faute de recours contentieux introduit dans les délais, à l'appui de sa contestation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Si le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré récemment en France, qu'il a vécu la majeure partie de sa vie au Nigéria où il dispose d'attaches familiales et qu'il ne démontre pas le sérieux, la stabilité et l'ancienneté de sa relation avec Mme E, ressortissante néerlandaise séjournant en France, dès lors que leur relation n'a débuté qu'au printemps 2023, qu'il a été interpellé au domicile de celle-ci suite à une dispute ayant conduit des voisins à appeler les forces de l'ordre et qu'il n'a pas été capable de déclarer la date de naissance de sa compagne en audition. Par ailleurs, il est constant que le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée le 10 juillet 2023. Dans ces conditions, M. B, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

9. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision contestée, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de la reconduite.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 28 août 2024. Par suite, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MOUTRY

La greffière,

signé

M-C. MASSE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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