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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405495

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405495

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Vu la requête au fond, enregistrée 3 octobre 2024 sous le n° 2405494.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Emmanuelli, président de la 3ème chambre, pour statuer sur les demandes de référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024 :

- le rapport de M. Emmanuelli, juge des référés ;

- Me Victoria représentant la Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO PACA), France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur (FNE PACA) et l'association One Voice, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, confirmant l'urgence de la nécessité de suspendre les décisions et soulignant que la fin de non-recevoir soulevée en défense est inopérante ;

- Me Mollard, substituant Me Lagier, représentant la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes qui reprend ses écritures ;

- Mme A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Une note en délibéré, enregistrée le 24 octobre 2024, a été présentée pour les requérantes par Me Victoria.

Une note en délibéré, enregistrée le 25 octobre 2024, a été présentée pour la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes par Me Lagier.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a fixé à 180 le nombre maximum d'individus de l'espèce Perdrix bartavelle, susceptibles d'être prélevés pour la campagne de chasse 2024/2025 dans le département des Alpes-Maritimes. Sur la base de cet arrêté préfectoral, le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes a, par des décisions individuelles, fixé l'attribution des plans de chasse annuels pour cette espèce. Par la présente requête, la Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO PACA), France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur (FNE PACA) et l'association One Voice, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2024 précité en ses dispositions relatives à l'espèce Perdrix bartavelle, ainsi que l'ensemble des décisions y afférentes du président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 425-9 du code de l'environnement : " Des demandes de révision des décisions individuelles peuvent être introduites auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Pour être recevables, ces demandes doivent être adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification des décisions contestées ; elles doivent être motivées. Le silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs dans un délai d'un mois vaut décision implicite de rejet ".

3. La fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes oppose les dispositions de l'article R. 425-9 du code de l'environnement, qui instituent un recours préalable obligatoire à exercer auprès du président de la fédération départementale des chasseurs. Toutefois, ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à toute contestation des décisions individuelles d'attribution de plans de chasse qu'il a accordées, n'ont ni pour objet, ni pour effet de soumettre les tiers aux décisions individuelles d'attribution de plans de chasse, notifiées aux pétitionnaires informés des modalités ainsi prévues, tels qu'une association de défense de l'environnement, à saisir le président de la fédération de chasse d'un recours contre de telles décisions. La fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes ne peut donc être accueillie.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. D'une part, les associations requérantes, agréées pour la protection de l'environnement, ont pour objet, notamment, de protéger et de défendre les animaux quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent. D'autre part, la Perdrix bartavelle figure à l'annexe I (espèces à conserver) et à l'annexe II (espèces chassables) de la directive susvisée. Cette espèce est classée " quasi-menacée " sur la dernière liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine. Par ailleurs, l'arrêté préfectoral contesté et les décisions du président de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes ont pour objet, notamment, de fixer le nombre maximum d'attributions de Perdrix bartavelle susceptibles d'être prélevés, arrêté à 180 pour la campagne 2024-2025 dans le département des Alpes-Maritimes, ainsi que la répartition par titulaire d'un droit de chasse, la chasse à la Perdrix bartavelle étant autorisée du 29 septembre au 11 novembre 2024. Lors de l'audience, les parties n'ont pu préciser le nombre de prélèvements des spécimens Perdrix bartavelle d'ores et déjà effectués, ni les lieux de ces prélèvements. Dans ces conditions, l'exécution de l'arrêté en litige et des décisions individuelles prises sur son fondement porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts que les associations requérantes se sont données pour mission de défendre. Par suite, en dépit de la brièveté de la période de la chasse ainsi que des restrictions imposées à la pratique de la chasse et alors même que cette pratique participe, en vertu de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la diversité, d'intérêt général, prévue par l'article R. 425-3, la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être considérée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

7. En premier lieu, s'agissant de l'espèce Perdrix bartavelle, en l'état de l'instruction, notamment des pièces versées aux débats et des déclarations des parties lors de l'audience, le moyen tiré de ce que l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2024 en litige, en ce qu'il autorise le prélèvement de 180 Perdrix bartavelle dans le département des Alpes-Maritimes, compromet les efforts de conservation de cette espèce dans son aire de distribution et méconnaît l'objectif de conservation posé par la directive du 30 novembre 2009 mis en œuvre par les dispositions législatives précitées, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'ordonner, dans cette mesure, la suspension de l'exécution de l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2024 en ce qu'il concerne la Perdrix bartavelle et par voie de conséquence, des décisions individuelles prises par le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes sur son fondement.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur et à l'association One Voice, et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions des associations requérantes dirigées contre la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes sont rejetées. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet des Alpes-Maritimes est suspendue en ce qu'il autorise le prélèvement de 180 Perdrix bartavelle dans le département des Alpes-Maritimes.

Article 2 : L'exécution des décisions individuelles prises sur le fondement de l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2024 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes autorise aux détenteurs du droit de chasse à prélever le nombre maximum de Perdrix bartavelle dans le département des Alpes-Maritimes est suspendue.

Article 3 : L'Etat versera à la Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur et à l'association One Voice la somme globale de 1 500 euros (500 euros chacune) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue pour la protection des oiseaux délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'association One Voice, à la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes et au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 31 octobre 2024.

Le juge des référés

Signé

O. EMMANUELLI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2405495

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