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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405509

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405509

mardi 7 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme SANDJO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. C... contestant le refus de la commission de médiation des Alpes-Maritimes de reconnaître sa demande de logement comme prioritaire et urgente. Le requérant invoquait l'inadaptation de son logement à son handicap et l'insuffisance de ses ressources. La magistrate désignée a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la décision de la commission du 2 juillet 2024 et la décision implicite rejetant son recours gracieux. La solution s'appuie sur les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. B... C... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler la décision du 2 juillet 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par cette commission sur son recours gracieux présenté le 15 aout 2024.

Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur d’appréciation de sa situation ;
- le logement, qu’il occupe avec son épouse, n’est pas adapté à leur situation de handicap ;
- il ne dispose pas de ressources suffisantes pour se loger dans le secteur privé.


Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l’habitat ;
- le code de justice administrative.


Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Sandjo, conseillère, comme juge statuant seule en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l’article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sandjo, magistrate désignée,
- et les observations de Mme A..., représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :

1. M. B... C... a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes un recours amiable enregistré le 15 mai 2024 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 2 juillet 2024. Le 15 aout 2024, M. C... a introduit un recours gracieux devant la commission de médiation, resté sans réponse. M. C... doit être regardé comme demandant l’annulation de la décision de 2 juillet 2024, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission sur son recours gracieux.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant […] est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Cet article L. 441-2-3 prévoit : « (…). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(…). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(…). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(…). ».

D’autre part, aux termes des dispositions de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l’article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l’urgence qu’il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l’accueillir dans une structure d’hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (…) / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d’urgence en application du II de l’article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d’accès au logement social qui se trouvent dans l’une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l’article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d’autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / -être logées dans des locaux impropres à l’habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l’urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / -avoir fait l’objet d’une décision de justice prononçant l’expulsion du logement ; / -être hébergées dans une structure d’hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l’article L. 441-2-3 ; / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l’article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d’équipement et de confort mentionnés à l’article 3 du même décret, soit d’une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l’article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d’une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l’article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l’une des situations prévues à l’article L. 441-2-3, ne répond qu’incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. » En application des dispositions de l’article R. 822-25 du même code, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation que l’appartenance à l’une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d’urgence sur lequel la commission de médiation dispose d’un large pouvoir d’appréciation. Pour apprécier ce caractère d’urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.

Par ailleurs, les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d’urgence relèvent du contentieux de l’excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu’il est saisi d’un recours formé à l’encontre d’une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l’accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l’État selon les dispositions de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, d’apprécier l’urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée et la légalité de cette décision au jour où elle a été prise et non au vu d’événements postérieurs.

En outre, aux termes des dispositions de l’article L. 114 du code de l’action sociale et des familles : « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. ».


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant occupe, avec son épouse, un logement du parc privé, d’une superficie de 48 m², soit une superficie supérieure à celle mentionnée à l’article R 822-25 du code de la construction et de l’habitation citées au point 3 du présent jugement qui fixe à 16 m² la superficie d’un logement pour deux personnes. Dans ces conditions, le logement du requérant ne peut être regardé comme étant en situation de suroccupation. Par suite, le moyen soulevé à cet égard ne peut être qu’écarté.

En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que son épouse et lui-même sont en situation de handicap, résultant pour lui d’une double prothèse de la hanche nécessitant l’installation d’un lit médicalisé et pour son épouse d’un appareillage pour soigner des troubles respiratoires, les seuls certificats médicaux produits au dossier ne permettent pas d’établir que le logement qu’ils occupent serait pour autant inadapté à leur handicap respectif. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la commission de médiation des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

En troisième et dernier lieu, si le requérant fait valoir l’insuffisance de ses revenus au regard du montant du loyer qu’il acquitte pour son logement actuel, les difficultés financières rencontrées ne sont pas au nombre des circonstances prévues par les textes permettant de reconnaître le recours comme prioritaire et urgent et sont, par suite, sans incidence sur l’appréciation portée par la commission de médiation.

Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 2 juillet 2024, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission sur son recours gracieux.

D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., au préfet des Alpes-Maritimes et à la ministre chargée du logement.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.




La magistrate désignée,


Signé


G. SANDJOLa greffière,


signé


E. SHEHU



La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.

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