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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405529

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405529

mardi 6 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDARMON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en formation collégiale (6ème chambre), a annulé la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes refusant la délivrance d’un titre de séjour à Mme A..., épouse B..., ressortissante marocaine. Le tribunal a jugé que ce refus méconnaissait les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en raison de l’atteinte disproportionnée portée à sa vie privée et familiale, compte tenu de sa résidence en France avec son mari, titulaire d’un titre de séjour, et leurs deux enfants nés en France. La solution retenue est l’annulation de la décision attaquée pour excès de pouvoir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, Mme C... A..., épouse B..., représentée par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délais et d’astreinte, et de lui délivrer, dans l’attente, un récépissé l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 1er septembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;
- et les observations de Me Darmon, représentant Mme A..., épouse B....


Considérant ce qui suit :

Mme A..., épouse B..., ressortissante marocaine née le 3 mars 1991, demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour en exécution du jugement du tribunal administratif de Nice du 27 septembre 2023.

Sur les pièces devant être écartées des débats :

Aux termes de l’article R. 412-2 du code de justice administrative : « Lorsque les parties joignent des pièces à l'appui de leurs requêtes et mémoires, elles en établissent simultanément un inventaire détaillé. Sauf lorsque leur nombre, leur volume ou leurs caractéristiques y font obstacle, ces pièces sont accompagnées d'une copie. Ces obligations sont prescrites aux parties sous peine de voir leurs pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / L'inventaire détaillé présente, de manière exhaustive, les pièces par un intitulé comprenant, pour chacune d'elles, un numéro dans un ordre continu et croissant ainsi qu'un libellé suffisamment explicite ». L’inventaire détaillé mentionné par cet article doit s’entendre comme une présentation exhaustive des pièces par un intitulé comprenant, pour chacune d’elles, un numéro dans un ordre continu et croissant ainsi qu’un libellé suffisamment explicite.

Il ressort des pièces du dossier que le conseil de la requérante a communiqué au tribunal, en annexe de la requête enregistrée le 4 octobre 2024, une pièce numérotée 3, comportant 73 pages, dont l’intitulé « documents sollicités par la préfecture des Alpes-Maritimes » est insuffisamment explicite. Malgré l’invitation à régulariser dans un délai de quinze jours qui lui a été adressée par le greffe du tribunal le 1er septembre 2025, le conseil de la requérante n’a pas produit d’inventaire détaillé des pièces contenues dans ce fichier. Par suite, et en application des dispositions précitées de l’article R. 412-2 du code de justice administrative, la pièce portant le numéro 3 doit être écartée des débats.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

Il ressort des pièces du dossier que Mme A..., épouse B..., réside sur le territoire français et justifie d’une vie commune avec son mari, compatriote titulaire d’un titre de séjour valable jusqu’en février 2024, et de leurs deux enfants nés en France en 2018 et 2022. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision qu’elle conteste porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît, dès lors, les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Dès lors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que le mari de la requérante serait en situation régulière à la date du présent jugement, ni qu’il aurait sollicité le renouvellement de son titre de séjour expiré depuis février 2024, l’exécution du présent jugement implique uniquement que la demande de titre de séjour de Mme A..., épouse B..., soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer, dans l’attente, un récépissé de demande de titre de séjour à Mme A..., épouse B.... Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme A..., épouse B..., au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme A..., épouse B..., est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A..., épouse B..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’État versera à Mme A..., épouse B..., une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., épouse B... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Bossuet, conseillère,
assistés de Mme Bertolotti, greffière.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2026.


La rapporteure,
Signé
G. DUROUX

Le président,
signé
P. SOLI

La greffière,


signé

C. BERTOLOTTI


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, la greffière

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