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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405579

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405579

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantJEAN-JOEL GOVERNATORI AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du maire de Cagnes-sur-Mer délivrant un permis de construire pour un immeuble de 32 logements et deux commerces. Les requérants contestaient notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte et la méconnaissance de plusieurs dispositions du plan local d’urbanisme métropolitain (PLUm), dont celles relatives à la hauteur libre, à la mixité sociale et au compostage. Après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur une éventuelle application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme pour régulariser ces vices, le tribunal a prononcé la clôture de l’instruction. La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais la procédure suggère un possible sursis à statuer pour permettre une régularisation par permis modificatif.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. C... D..., Mme B... E... et la société civile immobilière Pougue, représentés par Me Governatori, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 avril 2024 par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer a délivré à la société AEI Promotion un permis de construire valant permis pour la démolition d’une villa et d’un immeuble et la réalisation d’un immeuble de 32 logements et deux commerces sur les parcelles cadastrées section BL n° 96 à 98 et 267, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le projet méconnaît les dispositions de l’article 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe ;
- il méconnaît les dispositions des articles 1.3.6 et 1.3.7 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe ;
- il méconnaît les dispositions de l’article 2.1.3.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe ;
- il existe une incohérence entre l’étude hydraulique réalisée et le projet présenté de sorte qu’il n’est pas possible de vérifier la conformité du projet au règlement d’assainissement pluvial ;
- il méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain en l’absence de logements locatifs sociaux ;
- il méconnaît l’article 49 des dispositions générales du plan local d'urbanisme métropolitain ;
- l’accès projeté présente un risque pour la sécurité ;
- le projet méconnaît les dispositions de l’article 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe ;
- le respect de toutes les prescriptions assortissant le permis de construire en litige équivaut à apporter des modifications substantielles au projet, s’apparentant dès lors à un nouveau projet.

Deux mises en demeure ont été adressées les 2 décembre 2024 et 16 février 2025 à la société AEI Promotion qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Deux mises en demeure ont été adressées les 2 décembre 2024 et 18 février 2025 à la commune de Cagnes-sur-Mer qui n’a pas produit de mémoire en défense.

La clôture immédiate de l’instruction a été prononcée par ordonnance du 10 mars 2025.

Par une lettre du 13 juin 2025, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête, en application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, afin de permettre la délivrance éventuelle d’un permis de construire modificatif régularisant les vices tirés de ce que le projet méconnaît les dispositions de l’article 1.3.6 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain en secteur UBe (hauteur libre sous dalle des rez-de-chaussée), celles relatives aux périmètres de mixité sociale définis par ce règlement (absence de logements locatifs sociaux) et celles de l’article 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable en secteur UBe (absence de dispositif de compostage).

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Soler,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Lefevre, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

La société AEI Promotion a déposé, le 27 mars 2023, une demande de permis de construire valant permis de démolir pour la démolition d’une villa et d’un immeuble et la réalisation d’un immeuble de 32 logements et deux commerces sur les parcelles cadastrées section BL n° 96 à 98 et 267 situées 9 avenue de Grasse à Cagnes-sur-Mer. Sa demande a été complétée les 25 juillet et 12 décembre 2023. Par un arrêté du 17 avril 2024, le maire de Cagnes-sur-Mer lui a délivré le permis de construire sollicité. Par un courrier, reçu le 11 juin 2024 par la commune, M. D..., Mme E... et la société Pougue ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n’a été apportée à leur demande. Par leur requête, ils demandent au tribunal d’annuler l’arrêté du 17 avril 2024, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Sur l’incompétence alléguée de l’auteur de l’acte :

Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'urbanisme : « L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (…) ». Selon l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : « Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / (…) ». Aux termes de l’article L. 2131-1 du même code : «  I. -Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. / (…) / III.- Les actes réglementaires et les décisions ne présentant ni un caractère réglementaire, ni un caractère individuel font l'objet d'une publication sous forme électronique, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité et à assurer leur mise à disposition du public de manière permanente et gratuite ». L’article L. 2131-2 précise : « I. -Sont transmis au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement, dans les conditions prévues au II : / (…) 3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi (…) ».

L’arrêté du 17 avril 2024 a été signé pour le maire de Cagnes-sur-Mer par M. Yvan Skottuba-Stepan, conseiller municipal délégué. Il ressort du site internet de la commune, accessible tant au juge qu’aux parties, que par un arrêté n° 2022/1387 du 25 octobre 2022, le maire a donné délégation de signature à M. G... à l’effet de signer notamment toute décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol régie par le code de l’urbanisme. Il ressort des mentions apposées sur cet arrêté, que celui-ci a été réceptionné par les services de la préfecture le 14 novembre 2022 et qu’il a été transmis au contrôle de légalité. Par ailleurs, cet arrêté a également été publié sous forme électronique sur le site internet de la commune, dans les conditions prévues par les dispositions du III de l’article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales citées au point précédent. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l’article 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain :

Aux termes de l’article 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe relatif à la hauteur des constructions : « (…) / Cagnes-sur-Mer : / - Les bâtiments seront en R+4. / La hauteur des rez-de-chaussée des constructions bordant les voies publiques ou privées est majorée de1m, dans la limite d'une hauteur maximale comprise entre 3,5 et 4 m. A... conséquence, la hauteur maximale de la construction est majorée d'autant, le nombre de niveaux restant inchangé. / La hauteur sous dalle des RDC à vocation de commerces ou d'activités, le long des axes commerciaux désignés au plan de zonage, est majorée selon les conditions de l'article 1.3.6. La hauteur à l'égout est majorée de la différence avec la hauteur standard de 3,50 m. / F..., une hauteur différente de celle fixée ci-dessus pourra être admise ou imposée en fonction de la situation spécifique du bâtiment tel un angle de rue, du caractère des lieux et de la morphologie urbaine en vue d'harmoniser l'épannelage des constructions ou les façades commerciales d'une séquence urbaine le long de l'espace public. Dans ce cas, il sera tenu compte de la hauteur à l'égout des constructions existantes le long de cette séquence sur les deux côtés de la voie, sans alignement systématique à la plus grande hauteur / (…) ».

Il résulte des dispositions de l’article UBe 2.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain citées au point précédent et notamment de son dernier alinéa que les auteurs dudit règlement doivent être regardés comme ayant entendu ouvrir la possibilité d’admettre ou d’imposer, à titre dérogatoire, une hauteur différente en fonction de la situation spécifique du bâtiment projeté, notamment s’agissant du nombre de niveaux. Dès lors, les requérants ne peuvent soutenir que ces dispositions dérogatoires ne seraient pas applicables à la règle fixant le nombre de niveaux des constructions nouvelles sur le territoire de la commune de Cagnes-sur-Mer et que le projet en litige, qui comporte six niveaux, méconnaîtrait ces dispositions. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

Sur la méconnaissance alléguée des dispositions des articles 1.3.6 et 1.3.7 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain :

Aux termes de l’article 1.3 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe relatif à la mixité sociale et fonctionnelle : « (…) / 1.3.6 Règles différenciées entre le rez-de-chaussée et les étages supérieurs des constructions : / (…) / Cagnes-sur-Mer : Sous réserve de cohérence architecturale avec les bâtiments mitoyens : - Le long des avenues commerçantes structurantes, une hauteur libre sous dalle des RDC est imposée à 4,00m minimum - 5,50 maximum selon configuration urbaine et architecturale de la séquence urbaine dans laquelle s'insère la construction / (…) / 1.3.7 Quartiers, îlots et voies dans lesquels doit être préservée ou développée la diversité commerciale, notamment à travers les commerces de détail et de proximité. / (…) / Cagnes-sur-Mer : / Le long des axes structurants (avenue des Alpes, avenue de Grasse, avenue Cyrille Besset, avenue Maréchal Juin, avenue de la Gare), les RdC commerciaux pouvant être intégrés sur 2 niveaux, les devantures devront donc, le cas échéant, être composées sur cette double hauteur, très vitrées, en animation de l’espace public / (…) ».

En l’espèce, il ressort des plans de coupe AA et BB joints au dossier de demande de permis de construire que la hauteur sous dalle du rez-de-chaussée est égale ou inférieure à 3,70 mètres en méconnaissance des dispositions de l’article 1.3.6 du règlement citées au point précédent qui imposent une hauteur comprise entre 4 et 5,50 mètres le long des avenues commerçantes structurantes de la commune. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le projet en litige méconnaît ces dispositions lues à la lumière des dispositions de l’article 1.3.7 qui identifient l’avenue de Grasse comme un tel axe structurant.

Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l’article 2.1.3.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain :

Aux termes de l’article 2.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable en zone UBe relatif à l’implantation des constructions : « (…) / 2.1.3.2 Par rapport aux limites séparatives / Les constructions doivent être implantées en limites ou à une distance minimale de 5m. / (…) / Spécificité(s) locale(s) / (…) / Cagnes sur Mer : / - En cas de mur pignon existant en limite séparative, la nouvelle construction pourra s'implanter en limite séparative et sera d'une hauteur similaire à celle du bâtiment voisin existant. / (…) / - F..., pour éviter des murs pignons en limite, un retrait pourra être imposé dans les cas suivants : / Un bâtiment existant de l'unité foncière mitoyenne est implanté en retrait de la limite séparative latérale ; / L'unité foncière faisant l'objet de la construction jouxte une limite de zone discontinue (UC ou UD) / (…) ».

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse et du plan de coupe AA joints à la demande de permis de construire en litige que le bâtiment s’implante soit en limite séparative Ouest soit à plus de 5 mètres de cette limite pour sa partie située face à l’avenue de Grasse. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions de l’article 2.1.3.2 du règlement relatives à l’implantation par rapport aux limites séparatives dès lors que le bâtiment s’implanterait en retrait en méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur l’incohérence alléguée entre l’étude hydraulique réalisée et le projet présenté :

Aux termes de l’article 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable en zone UBe relatif aux conditions de desserte par les réseaux : « (…) / 3.2.2 Conditions pour limiter l'imperméabilisation, maîtriser le débit et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement : installations de collecte, stockage, traitement des eaux pluviales et de ruissellement / La gestion des eaux pluviales et de ruissellement de la propriété devra être conforme aux prescriptions du Règlement d'Assainissement Métropolitain et du zonage d'assainissement pluvial en vigueur dans le secteur du projet. / (…) ».

D’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation d’un troisième niveau de sous-sol aurait pour effet d’augmenter les surfaces imperméabilisées du projet qui s’élèvent à 835 m² dans l’étude hydraulique jointe à la demande de permis de construire. Dans ces conditions, et en l’absence de toute précision de la part des requérants sur les dispositions du règlement d’assainissement pluvial dont il n’aurait pas été possible de vérifier la conformité, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que la circonstance que le projet prévoirait trois niveaux de sous-sol, alors que l’étude hydraulique aurait été basée sur la réalisation de deux niveaux de sous-sol, serait de nature à entacher d’illégalité le permis de construire ainsi délivré.

D’autre part, il ressort de la lecture de l’arrêté attaqué que le permis de construire en litige a été délivré sous réserve que les dispositifs d’assainissement des eaux pluviales soient réalisés avec l’accord et sous contrôle du service maîtrise d’ouvrage de la métropole Nice Côte d’Azur. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire délivré l’aurait été en l’absence de vérification de l’assainissement du pluvial et de l’hydraulique. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l’absence de logements locatifs sociaux :

Aux termes de l’article L. 151-15 du code de l’urbanisme : « Le règlement peut délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels, en cas de réalisation d'un programme de logements, un pourcentage de ce programme est affecté à des catégories de logements qu'il définit dans le respect des objectifs de mixité sociale ».

En l’espèce, il ressort du règlement graphique du plan local d'urbanisme métropolitain Nice Côte d’Azur que le terrain d’assiette du projet ne se situe pas dans un « périmètre de mixité sociale » dans lequel 30 % de la surface de plancher des programmes immobiliers d’au moins 400 m² de surface de plancher destinée au logement doit être affectée à la réalisation de logements sociaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du point 1.3.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable dans la sous-zone Ube ne peut qu’être écarté comme inopérant.

Sur l’absence de dispositif de compostage :

Si les requérants invoquent la méconnaissance de l’article 49 des dispositions générales du plan local d'urbanisme métropolitain, il résulte de la lecture du règlement qu’une règle similaire se trouve dans les dispositions spécifiques applicables en secteur UBe. Dès lors, les requérants doivent être regardés comme invoquant la méconnaissance par le projet de ces dernières dispositions.

Aux termes de l’article 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable en secteur UBe relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions : « Pour toute construction à usage d'habitation, ou dont l'usage produit des ordures ménagères fermentescibles, les espaces libres doivent comporter un dispositif de compostage adapté à ces productions. / (…) ».

En l’espèce, il ne ressort pas de la lecture de la notice architecturale ni d’aucune autre pièce du dossier joint à la demande de permis de construire que le projet en litige comporterait un dispositif de compostage. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que celui-ci méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain sur ce point.

Sur le risque allégué pour la sécurité :

Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ». Il appartient à l’autorité d’urbanisme compétente et au juge de l’excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d’atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus d’autorisation d’urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s’ils se réalisent.

En l’espèce, il ressort de la lecture de l’arrêté attaqué que le permis de construire en litige a été délivré sous réserve de respecter les prescriptions émises par le pôle gestion du domaine public des services de la métropole Nice Côte d’Azur dans son avis annexé à l’arrêté. Il ressort de la lecture de cet avis favorable sous réserves que celui-ci a émis comme prescriptions, au titre des réserves, la nécessité que la création de l’accès carrossable soit conforme aux impératifs de sécurité définis par le règlement métropolitain de voirie à son article 48 et notamment un accès pourvu de deux pans coupés à 45° ou de deux arcs de cercles sur un recul minimum de 3,5 mètres à partir de l’alignement afin de dégager un champ de manœuvre et de visibilité pour les véhicules qui sortiront de la propriété et l’existence d’un triangle de visibilité sans aucun obstacle d’une hauteur supérieure à 70 centimètres sur un recul de 3 mètres et une longueur minimale de 45 mètres. Dans ces conditions, quand bien même l’accès serait positionné contre le débouché du chemin piéton reliant la rue Victor Hugo à l’avenue de Grasse et qu’un précédent permis de construire prévoyant un emplacement d’accès similaire aurait fait l’objet d’un refus pour cette raison, les requérants n’allèguent ni ne démontrent qu’un accès respectant les prescriptions émises par le service de voirie de la métropole présenterait en l’espèce un risque pour la sécurité ou ne serait pas réalisable. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.



Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l’article 2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain :

Aux termes de l’article 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : « Dans les espaces concernés par la « trame verte et bleue », document n°5 des pièces règlementaires du PLU métropolitain, tous les projets d'aménagement devront conserver voire améliorer la qualité paysagère du site existant et prendre en compte la topographie et le profil existants afin de minimiser les mouvements de terres. / (…) / 2.2.1. Dispositions générales et volumétrie / L'expression architecturale peut recourir en façades et en toitures à des matériaux contemporains et à des techniques modernes dès lors qu'elle présente un aspect compatible avec le caractère de l'environnement bâti, qu'elle s'inscrit harmonieusement dans le paysage urbain ou naturel et qu'elle respecte la topographie. Exceptionnellement, un recours à un pastiche d'une architecture locale peut être admis. / (…) ».

Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage ou aux lieux avoisinants au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du paysage ou des lieux dans lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce paysage ou ces lieux.

En l’espèce, d’une part, le projet s’implante au début de l’avenue de Grasse dans son extrémité Est, dans un secteur résidentiel de la commune de Cagnes-sur-Mer, à proximité immédiate de l’autoroute A8. Ce quartier est composé de maisons individuelles mais aussi de grands ensembles d’habitat collectif notamment à côté et en face du terrain d’assiette où plusieurs bâtiments en R+5 s’implantent. Ainsi, l’environnement bâti du projet ne présente pas d’intérêt architectural particulier.

D’autre part, le projet consiste en la réalisation d’un bâtiment moderne à usage d’habitation et de commerce en R+5 dont la volumétrie et le traitement architectural résultent, d’après la notice, d’une volonté de conférer un maximum de légèreté et d’élégance à l’ensemble notamment par le traitement des débords de casquettes et des balcons, de se fondre dans le contexte environnant grâce à des façades de couleur blanc cassé et des toitures terrasses et de répondre aux souhaits de la commune par la végétalisation de celles-ci. Dès lors, le projet litigieux, pour lequel l’architecte des Bâtiments de France a émis un avis favorable le 14 septembre 2023, assorti de prescriptions auxquelles la délivrance du permis de construire a été conditionnée, ne saurait être regardé comme portant atteinte au site urbain et aux paysages naturels dans lesquels il s’inscrit. A cet égard, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la société pétitionnaire a bien précisé dans sa demande, tant dans la notice architecturale que par les documents d’insertion qui y étaient joints, en quoi le projet s’insère dans son environnement. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de la commune a, en délivrant le permis en litige, méconnu les dispositions de l’article 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur UBe et ce moyen doit être écarté.

Sur les prescriptions assortissant le permis de construire en litige :

Aux termes de l’article L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. / (…) ».

L’autorité administrative compétente dispose, sans jamais y être tenue, de la faculté d’accorder le permis de construire ou de ne pas s’opposer à la déclaration préalable en assortissant sa décision de prescriptions spéciales qui, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d’un nouveau projet, ont pour effet d’assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l’administration est chargée d’assurer le respect.

Les requérants font valoir que l’arrêté attaqué comporte de multiples prescriptions, relatives à la végétation, à la couleur des façades ou encore à l’apparence du hall d’entrée. Si ces prescriptions sont en nombre significatif, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur respect rendrait nécessaire la présentation d’un nouveau projet et ce dernier moyen doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que l’arrêté du 17 avril 2024 et la décision implicite rejetant le recours gracieux des requérants doivent être annulés en tant qu’ils autorisent une hauteur sous dalle du rez-de-chaussée égale ou inférieure à 3,70 mètres en méconnaissance des dispositions de l’article 1.3.6 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur Ube et en tant qu’ils ne prévoient pas de dispositif de compostage en méconnaissance de l’article 2.4 du même règlement.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.




D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 17 avril 2024 et la décision implicite rejetant le recours gracieux des requérants sont annulés en tant qu’ils autorisent une hauteur sous dalle du rez-de-chaussée égale ou inférieure à 3,70 mètres en méconnaissance des dispositions de l’article 1.3.6 du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain applicable en secteur Ube et en tant qu’ils ne prévoient pas de dispositif de compostage en méconnaissance de l’article 2.4 du même règlement.

Article 2 : La commune de Cagnes-sur-Mer versera aux requérants une somme globale de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., à Mme B... E..., à la société civile immobilière Pougue, à la commune de Cagnes-sur-Mer et à la société civile immobilière AEI Promotion.





Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Garcia, conseiller,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2025.





La rapporteure,
Signé
N. SOLER

Le président,
Signé
MYARA


La greffière


Signé



N. KATARYNEZUK


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,




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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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