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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405627

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405627

mercredi 25 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B, un ressortissant sénégalais, qui contestait un arrêté préfectoral du 13 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour en l'absence de refus de titre, et que les erreurs de fait alléguées étaient sans incidence sur la légalité de la décision. Il a également considéré que les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, invoquées par le requérant, ne créent pas un droit au séjour de plein droit et sont donc inopérantes. Enfin, la décision d'interdiction de retour a été validée au regard des critères de l'article L. 612-6 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Lavie, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;

- la décision en litige est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il est entré en France régulièrement et n'a pas été interpellé avec un faux document ;

- il peut être régularisé sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée ; il n'a commis aucune infraction en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Loustalot-Jaubert a été entendu au cours de l'audience publique du 4 juin 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 3 septembre 1988, déclare être entré en France en 2013. Par un arrêté du 13 septembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à son encontre.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué prononce une obligation de quitter le territoire français sans se prononcer sur une demande de titre de séjour. Dès lors, en l'absence de refus de titre de séjour, le préfet n'était, en tout état de cause, pas tenu de saisir la commission du titre de séjour en application du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré de l'absence de saisine de cette commission est inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

4. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, notamment, sur la circonstance que M. B s'est maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité de titre de séjour. A supposer même que le préfet des Alpes-Maritimes ait commis une erreur de fait en mentionnant que l'intéressé est entré irrégulièrement en France, cette erreur est insusceptible d'avoir influencé le sens de la décision attaquée, également fondée sur la circonstance rappelée précédemment, dont la réalité n'est pas contestée. S'agissant de la mention selon laquelle il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de détention et usage de faux document administratif, il ressort des pièces produites par le préfet que M. B a été placé en garde à vue le 13 septembre 2024 pour de tels faits. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. M. B ne peut donc utilement invoquer ces dispositions, ni celles de la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012 pour se prévaloir d'un droit au séjour faisant obstacle à son éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-4 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. M. B ne démontre ni même n'allègue aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir en principe, en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français sans délai. En outre, en admettant même que les faits d'usage de faux document administratif ne soient pas suffisants pour caractériser une menace pour l'ordre public, compte tenu de ce que, d'une part, l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément susceptible d'établir qu'il disposerait de liens privés ou familiaux en France et ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne, et de ce que d'autre part, la totalité de son séjour en France a été irrégulier, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans méconnaître les dispositions susvisées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 13 septembre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Sorin, présidente,

Mme Raison, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Genovese, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

P. Loustalot-JaubertLa présidente,

signé

G. Sorin

La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2405627

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